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Ecoutez le podcast d'Azmari! Khadidiatou: "Ce sont mes enfants qui me donnent la force"

Nous avons le plaisir de vous partager le 2ème épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences. Partagez- le autour de vous 🙂 !!

 

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Ecoutez le podcast d'Azmari ! Bushra, de l'exil de Somalie à la vie de famille à Paris

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Écoutez le podcast d'Azmari !

Nous avons le plaisir de vous partager le 1er épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences. Partagez- le autour de vous 🙂 !!

Merci à Ella et à Hayat pour cet échange au caractère informel et intimiste.

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CONFINEMENT, UN AUTRE REGARD : TEMOIGNAGE D'UNE APPRENANTE

Pendant deux mois nous étions tous - ou presque - enfermés chez nous et les récits de confinements sont devenus un moyen de s'ouvrir aux autres.  Si cette situation - qui prend fin aujourd'hui - a été inédite pour tous, nous n’étions pas égaux face au confinement. Chez Azmari nous pensons que les récits publiés doivent tenir compte de cette diversité et disons-le : de ces inégalités. Nous avons laissé la parole à une femme apprenante de l'association. Elle raconte comment elle a vécu cette période :
  • Où es-tu en ce moment ? avec qui es-tu confinée ?
J'habite dans un appartement d’une pièce ici, à Paris. Depuis l’arrivée du bébé on est cinq, j’espère qu’on aura un autre appartement bientôt. On est un peu les uns sur les autres. On fait tout dans la même pièce : on dort, on cuisine, du coup c’est humide et on a des problèmes pour respirer. Parfois le plus petit saigne du nez et ça m'arrive à moi aussi.
  • La vie à Paris c’est plus difficile ?
Ça fait deux ans et demi qu’on est en France et deux ans et quatre mois qu’on vit à Paris. Il y a des points négatifs et positifs. Pour les enfants c’est mieux d’être en dehors de Paris, il y a plus d'espace, plus de nature.
Mais Paris c’est la capitale. Quand on attend une réponse [de l’administration] ou quand on a un rendez-vous, tout se passe ici. Pour les gens qui ne vivent pas à Paris c’est plus compliqué. Ils peuvent faire plusieurs heures de train pour venir à un rendez-vous, parfois ils doivent se débrouiller pour dormir sur place. Nous on a accès à tout, pour cela c’est un vrai plus d’habiter à Paris.
  • Avant le confinement comment se passaient tes journées ?
Avant, les enfants allaient à l’école et j’étais à la maison avec le bébé. C’était plus calme, no stress vraiment. Depuis le confinement les garçons sont tout le temps à la maison, c’est plus de travail pour moi.
  • Qu'est-ce qui a changé depuis ?
Je m’occupe des enfants toute la journée, je prends soin d’eux. Le matin, je me lève à six heures et je prépare leur petit-déjeuner. Après, c’est à mon tour de manger. Puis ils jouent un peu. À onze heures je commence à cuisiner pour le déjeuner. Une fois qu’ils ont mangé, on a dix minutes de calme et puis ils regardent un peu la télé. Certains jours il y à la lessive ou le ménage. La routine quoi.
Vers vingt heures, quand ils vont au lit, ça devient plus relax et il arrive que je m’endorme moi aussi à ce moment-là.
  • Et tu as un peu de temps pour toi ?
 J’aime bien marcher et d’habitude je peux me promener ou aller aux cours de français. En ce moment, à force d’être à la maison sans pouvoir sortir, parfois ça me rend plus irritable. Quand ça arrive, je me dis “ok tu as les enfants, mets ce stress de côté”. C’est important de rester calme avec les enfants. Stresser tout le temps, ce n’est pas bon pour ma santé, ni pour celle des petits. Alors j’oublie toutes les choses négatives et je me force à ne garder que les points positifs. Prendre soin d’eux c’est le plus important.
Mon mari est là et il m’aide mais il est plus stressé que moi. Il n'arrive pas à rester une heure avec les enfants. Les papas c’est cool pour faire une promenade, pour aller les chercher à l’école. Mais entre les mères et les pères ce n’est pas les mêmes règles pour les petits.
Un jour par exemple, ils ont commencé à faire un jeu avec leur père mais au bout de 30 minutes, ils se disputaient : “PAPA TU DOIS FAIRE CA, NON TU DOIS PAS FAIRE CA”. Avec moi, ça ne se passe pas comme ça : les règles, c’est les miennes. Je suis plus forte, ils m’écoutent et c’est plus calme quand c’est moi qui m’en occupe.
  • Il y a des points positifs au confinement ?
 Pour moi, aucun. Il n’y a rien de positif. Je ne travaillais pas avant, peut-être que pour les gens qui travaillaient dehors c’est positif de rester à la maison ?
Moi j'étais déjà à la maison et j’y suis encore maintenant mais avec les enfants en permanence. Toute cette situation c’est que du négatif. En plus à cinq dans une pièce, on finit par se taper sur les nerfs.
  • Qu'est ce qui te manque le plus ?
 Mes amies me manquent. Surtout mes amies d’Azmari, j’allais à l’association une à deux fois par semaine pour les cours de français. Maintenant ce n’est plus possible.
Et le marché d’Aligre est fermé. Les fruits et légumes c’est important pour nous, au marché ils sont moins chers. J’avais l’habitude d’y aller pour faire les courses, maintenant on doit aller ailleurs. Le marché, ça me manque vraiment.
Et puis, on attend toujours la réponse de la CNDA [Cour nationale du droit d'asile]… on devait recevoir une lettre le 27 mars mais à cause du Coronavirus, on n’a aucune nouvelle. J’espère vraiment qu’on aura la réponse bientôt. Ça m’inquiète beaucoup.
Cette interview a été réalisée il y deux semaines, lors d'une distribution de courses par l'une des bénévoles d'Azmari qui habite près de l'apprenante interviewée.

FOCUS : Le changement climatique, première cause de migration

"On parle parfois de changement climatique comme s'il ne concernait que la planète et non ceux qui l'habitent" déplorait Ban Ki-Moon en 2008 alors qu'il occupait la fonction de secrétaire général des Nations-Unis. En effet, ce phénomène impacte les hommes de différentes façons, l'une d'entre elles est la contrainte à l'exil. Aujourd'hui, on estime à environ 25 millions le nombre de déplacés climatique chaque année. Le changement climatique est désormais la première cause de migration avant les conflits et les guerres. Ce n'est pas une nouveauté mais comme l’explique l'expert climat de l'ONG CARE France, Marie Leroy, à France culture, "le risque pour les humains d'être contraints du fait du changement climatique est 60 fois plus grand aujourd'hui qu'il y a 40 ans". Les perspectives d'avenir sont aussi inquiétantes : selon le GIEC, à situation inchangée, la température augmentera de 4 degrés avant la fin du XXIe siècle, or, on sait désormais qu'une augmentation de seulement 2 degrés aura des conséquences catastrophiques.

LES CAUSES CLIMATIQUES DE L'EXIL

Les conséquences du réchauffement climatique qui poussent les hommes à fuir sont nombreuses et diverses :

  • Les catastrophes naturelles : La conséquence la plus flagrante du réchauffement climatique pour le grand public est en effet le risque accru de catastrophes naturelles (elles ont toujours existé mais les scientifiques prévoient désormais une fréquence accrue : dans l’avenir, jusqu’à 6 catastrophes pourraient se produire simultanément). C'est avec l'ouragan Katrina que l'on a découvert que les catastrophes engendraient des flux migratoires. Avant on pensait qu'il s’agissait de déplacements temporaires. Après Katrina : "un peut moins de 50% de la population de La Nouvelle-Orléans n’est jamais revenue dans la ville", signale un rapport de l'Observatoire des enjeux géopolitiques de la démographie. Cette carte illustre le nombre de déplacements causés par des catastrophes naturelles entre 2008 et 2013 :

  • La hausse de niveau des mers et des océans : 20% de la population mondiale vit sur des zones côtières menacées par la montée du niveau des mers et des océans ainsi que par les inondations engendrées par le réchauffement climatique. Récemment, des scientifiques ont alerté sur le possible décrochage de deux glaciers. Si ce risque n’est pas endigué "ces deux glaciers qui sont le point faible de l’Antarctique de l’ouest pourraient entraîner dans leur retrait une grande partie de la calotte avec pour conséquence une élévation du niveau de la mer de l’ordre de 3 mètres", explique le glaciologue Gaël Durand dans une interview accordée à 20 minutes. Le scientifique confirme que la communauté scientifique soupçonne fortement que le réchauffement climatique soit la cause de ce décrochage. La montée des eaux, c’est l’un des fléaux qui touche le Bangladesh. Dans ce reportage du Monde, un homme d'un village côtier, explique qu'avec la montée des eaux, au moins 20% des habitants de son village ont "décidé" de s'en aller :

  • La raréfaction des ressources et la désertification : Le stress hydrique (quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles) et la désertification affectent les rendements agricoles et causent de migrations."Le phénomène est particulièrement marqué en Afrique subsaharienne, qui connaît un exode rural important, et devrait s’amplifier dans les années à venir. C’est notamment le cas pour les populations pastoralistes en Somalie. D’ici 2030, les migrations en provenance de la bande sahélienne vers l’Europe et le Maghreb devraient s’amplifier", précise l'Observatoire des Enjeux Géopolitiques de la Démographie. En effet, fin 2017, le directeur régional du Conseil norvégien en charge des réfugiés (NRC) déclarait à propos de la sècheresse en Somalie : « Nous sommes préoccupés par le niveau inquiétant de la crise. En moyenne, on estime à 3500 environ, le nombre de personnes qui ont fui leurs maisons chaque jour au cours de cette année, à la recherche d’eau et de nourriture pour survivre ».

 

  • Les conflits et les guerres (des conséquences du changement climatique à relativiser) : Nombreux sont ceux qui analysent désormais le réchauffement climatique comme facteur d’instabilité politique et de conflits. Par exemple, un rapport du Programme des Nations Unies pour l'environnement met en évidence 18 conflits violents résultants des effets des changements climatiques entre 1990 et 2009. Cependant, les auteurs d'une tribune publiée dans le quotidien Reporterre en juillet 2017 relativisent la corrélation : "Surévaluer l’importance des facteurs environnementaux dans le déclenchement d’un conflit, c’est faire l’impasse sur la myriade d’autre facteurs historiques, politiques, sociaux et économiques concernés qui engagent directement la responsabilité des gouvernements. (...) Alors que les déclarations de Bachar El Assad tentent de dédouaner le régime syrien en présentant la sécheresse qui a frappé la Syrie comme une manifestation directe du changement climatique, celle-ci est d’abord le résultat de décennies de gestion calamiteuse des ressources hydriques et d’irrigation intensive. En outre, la suppression des subventions publiques en 2008-2009 dans le secteur agricole a encore davantage paupérisé les paysans, alors contraints à quitter leurs terres pour rejoindre les villes du pays, déjà saturées par l’arrivée massive de réfugiés irakiens."

Les conséquences du changement climatique sont multiples et peuvent difficilement être isolées les unes des autres, ainsi le manque de ressources en eau peut être facteur de conflits, et les catastrophes naturelles ont des conséquences économiques majeures...

CARACTÉRISTIQUES DES MIGRATIONS CLIMATIQUES

Un type de migration (principalement interne) qui va croître dans les prochaines décennies : Les perspectives d'avenir ne laissent guerre de doutes sur la croissance de ce phénomène. Même si nous réussissons collectivement à agir positivement sur la planète pour tenter d'endiguer le réchauffement climatique, ce type de migration risque tout de même d'augmenter. Mais le nombre de personnes contraintes à l'exil à cause des conséquences du changement climatique sera encore plus grand si la communauté internationale n'agit sur le climat. Un rapport de la Banque mondiale publié en 2018 est plutôt explicite lorsqu'il s'agit des zones les plus vulnérables : "D’ici 2050, si rien n’est fait, il y aura 143 millions de migrants climatiques internes dans ces trois régions : Afrique subsaharienne (86 millions), Asie du sud (40 millions) et Amérique Latine (17 millions)". Il est en effet important de préciser à cette étape de l'article que les migrations se font d’abord de manière interne aux pays et aux régions (souvent des zones rurales vers les villes mais à long terme cela peut provoquer une surpopulation dans les villes et donc un chômage de masse qui pousse à des migrations internationales).

 

Tous vulnérables : Considérer que le risque ne porte que sur des populations asiatiques, d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine est une erreur commune, nous sommes tous concernés mais à des degrés différents. À l'heure actuelle, l'est de l'Australie subit une sécheresse record qui décime les troupeaux et empêche les récoltes depuis plusieurs années. Dans un reportage publié dans le premier numéro de mars 2019 du magazine TIME, une fermière australienne explique qu'elle et son époux se sont donnés encore une année avant de partir, une année à attendre la pluie. Un autre exemple récent et bien plus proche nous montre bien que nous sommes tous vulnérables : En 2018, les inondations dans l'Aude (France) on fait 14 morts. Dans des propos rapportés par Marianne, Françoise Vimeux (de l'Institut de Recherche pour le Développement) explique que "dans le sud (de la France), la sécheresse qui va s'installer, et ses températures très élevées, vont amplifier l'apparition de crues éclairs meurtrières… (...) Le relief et la météorologie de ces territoires en font une zone propice aux évènements de pluie extrêmes. (...) Mais le réchauffement climatique va venir amplifier cette base, cette propension naturelle à récupérer des pluies.". Certaines personnes déménagent déjà des zones inondables et si par une action sur le climat et des infrastructures adaptées les gouvernements n'agissent pas, de nombreuses personnes risquent de devoir migrer ailleurs en France.

L’ATTITUDE DE L’EUROPE ET DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

« réfugiés climatiques », « réfugiés environnementaux », des notions quasiment absentes du droit international : Le statut de "réfugié" est établi en 1951 par la Convention de Genève et ne comprend pas les migrations climatiques. Un réfugié est celui qui craint d'être persécuté s'il retourne dans son pays "du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques". On constate l’absence de mention du climat parmi les causes de persécutions. Cela s’explique en partie par le fait qu'il s'agit davantage de migrations internes et que pour certains, le terme de "persécution" est impropre pour parler du climat. Aujourd'hui en Europe, seule la Suède reconnaît le statut de réfugié environnemental (depuis 2005).

 

Prise de conscience tardive et manque d'actions de la communauté internationale :

      • 1985 : Première apparition du terme de « réfugiés environnemental » dans un rapport du programme des Nations unies pour l’environnement.
      • 2009 : La COP15 en fait pour la première fois une question au niveau politique.
      • Depuis 2009 : De nombreux pays africains ont ratifié la Convention de Kampala sur l’assistance des déplacés environnementaux à l’intérieur du continent africain.
      • 2015 : L’accord de Paris crée un groupe de travail sur la question dont les conclusions ont été transposées dans l’accord de Katowice.
      • 2018 : Le pacte migratoire de Marrakech mentionne (pour la première fois) le changement climatique parmi les causes de départs forcés. Pour autant ce pacte n’impose aucune contrainte aux états sur ce sujet.

(suite…)

FOCUS : Le calvaire des personnes migrantes en Libye

Chaque année des dizaines de milliers de migrants venus d’Afrique subsaharienne et de Syrie traversent les frontières libyennes. Depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011, le pays n’a pas retrouvé de stabilité et demeure le théâtre de violent conflit entre différentes forces armées. Les personnes migrantes, quant à elles, sont devenues les proies des milices locales. La plupart d’entre elles tentent d’échapper à la misère des camps et aux mauvais traitements en embarquant sur des bateaux de fortune vers l’Europe. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM), un organisme dépendant des Nations Unies, 690 351 migrants se trouvaient en Libye en avril 2018 auquel il faut ajouté 179 400 déplacés internes. La Libye est à l’heure actuelle le pays principal de destination ou de transit des personnes migrantes qui cherchent à atteindre l’Europe.

 

De l’indépendance à la chute de Kadhafi

Indépendante depuis 1951, la Libye contrairement à d’autres États africains ne s’est pas défait du pouvoir occidental par une guerre d’indépendance mais par une succession de traités et de résolutions internationales (c’est une résolution de l’ONU en 1949 qui permet à la Libye de se doter d’une constitution en 1951). Désormais indépendant, ce vaste pays du nord de l’Afrique est peuplé d’une multitude de tribus et manque alors d’unité nationale. L’ONU (qui a facilité la mise en place d’une monarchie constitutionnelle) et les puissances occidentales y maintiennent leurs bases militaires. Le royaume libyen, à l’époque l’un des pays les plus pauvres du monde, laisse les compagnies pétrolières étrangères exploiter une grande partie des ressources du pays. Progressivement, la découverte des gisements pétroliers augmente la richesse du pays mais aussi les tensions entre les tribus et envers le régime. En 1969, un groupe de militaires dont fait partie le jeune officier Mouammar Kadhafi renverse le gouvernement et prend le pouvoir.

Pendant quatre décennies, Kadhafi dirige la Libye d’une main de fer, son régime étant caractérisé par une répression brutale de ses opposants. Se présentant comme l’héritier de Nasser, il supporte une ligne politique anti-impérialiste et refuse pendant longtemps de traiter avec les puissances occidentales. Dès les années 1990, le régime libyen commence à sortir de son isolement diplomatique. Le pays ouvre progressivement ses marchés aux entreprises internationales et se rapproche peu à peu de l’Europe. Le pays devient au même moment une terre d’immigration, notamment des travailleurs venant d’Afrique subsaharienne, du Nigeria et du Sénégal. Dans les années 2000, le régime libyen commence à conclure des accords avec les puissances européennes pour limiter le départ des personnes migrantes depuis les côtes libyennes. En 2009, notamment, Berlusconi promit d’investir 5 milliards en Libye en vingt-cinq ans en échange d’un contrôle des navires de migrants en partance vers l’Italie.

Avec la chute du régime de Kadhafi en octobre 2011, la situation des migrants, déjà précaire à l’époque, s’est considérablement détériorée. En effet, depuis l’éclatement de l’État libyen, le pays plongé dans un chaos politique est le théâtre d’affrontements sanglants, ceux d’une lutte de différentes forces politiques, y compris islamistes.

 

Esclavage et violences sexuelles

Les violations des droits humains en Libye sont de notoriété publique. En 2012 déjà, Amnesty dénonçait des cas d’enlèvements, de tortures et d’exécutions. En l’absence de cadre juridique et humanitaire, les personnes migrantes pour la plupart en provenance de la corne de l’Afrique, d’Afrique de l’Ouest et de la Syrie, se retrouvent dans des camps où ils sont détenus dans des conditions inhumaines. De plus, ils subissent le risque d’être réduit à l’esclavage par des réseaux de trafiquants. En effet, le 11 avril 2017, l’OIM a publié un rapport dénonçant la vente de personnes migrantes pour travail forcé ou exploitation sexuelle. En novembre 2017, des journalistes de CNN ont filmé en caméra cachée la vente d’êtres humains en territoire libyen. Selon les informations rapportées, ce type de « marché aux esclaves » a apparemment lieu tous les 1 à 2 mois. Les personnes vendues comme esclaves sont ensuite utilisées comme mains d’œuvre dans les secteurs de la construction ou de l’agriculture. Par ailleurs, les migrants sont aussi les victimes de violences sexuelles. "Libye, anatomie d'un crime", un documentaire de Cécile Allegra sorti en octobre 2018 met à jour les violences sexuelles subies. Le viol est devenu une arme de guerre pour les milices libyennes.

La situation des migrants en Libye est telle que l’OIM a mis en place un programme de rapatriement vers les pays d’origine des migrants. Néanmoins, bien que l’OIM ait déjà permis à plus de 10 000 personnes de retourner dans leur pays d’origine, cette option n’est pas une solution pour ceux qui fuient les persécutions ou la guerre dans leur propre pays. Ainsi les conditions dramatiques et les mauvais traitements, sont tant de facteurs qui poussent des individus à s’enfuir sur des bateaux vers l’Europe, et ce, au péril de leur vie.

 

La Libye, nouveau garde-côte de l’Europe

Avec la chute du régime de Kadhafi lors du « printemps arabe » en 2011, l’Europe s’est vu privée du « barrage" libyen qui limitait le flux migratoire passant par la Méditerranée. Il faut rappeler que la cour européenne des droits de l’homme stipule que toute personne qui pose le pied sur les côtes européennes peut exercer son droit fondamental de demander l’asile. Dans le but de freiner l’arrivée des migrants sur son sol, l’Europe a depuis 2017 mis en place un programme de financement pour la Libye qui prévoit notamment le renforcement de ses frontières et le développement de sa police maritime.

Plutôt que d’investir dans des structures d’accueil, les politiques européennes préfèrent faire en sorte que les migrants en Méditerranée soient ramenés sur les côtes libyennes, un territoire où leurs droits ne seront pas respectés. C’est dans cette logique que les zones de contrôle maritimes ont été redéfinies en Méditerranée fin 2018.

Au-delà des eaux territoriales de chaque pays, la Méditerranée est découpée en zones SAR (Search and Rescue). Chacune de ces zones est attribuée à un pays du bassin méditerranéen alors responsable de répondre aux signaux de détresse et appels des navires humanitaires. L’Italie était jusqu’à récemment le pays en charge de la SAR qui se trouve au-delà des eaux territoriales libyennes larges de 19 kilomètres. Depuis l’été 2018, la nouvelle zone maritime sous contrôle des gardes-côtes libyens a été étendue à presque 200 km au-delà des côtes libyennes, reprenant ainsi la main aux italiens.

Cette redéfinition des zones maritimes a été rendue possible avec le soutien de l’Union européenne qui selon Mediapart, en 2017, a aidé la Libye à hauteur de 8 millions d’euros au développement de ses gardes-côtes. Le soutien financier de l’Europe et la nouvelle zone SAR attribuée à la Libye ont permis de faire baisser drastiquement le nombre de personnes migrantes entrées en Europe par la mer méditerranée.

Néanmoins, les gardes-côtes libyens, véritables contrôleurs de frontières pour l’Union européenne, ne répondent pas systématiquement aux appels de détresse et, ignorant les droits de l’homme, n’hésitent pas à emprisonner les rescapés. Le chercheur italien Matteo Villa estime qu’en septembre 2018 sur les 1072 migrants partis en mer depuis la Libye, 713 aurait été interceptés, 125 seraient arrivés en Europe et 234 auraient disparu, un taux record de mortalité de 21%.

Dans son rapport du 12 décembre 2018, Amnesty International accuse les gouvernements européens de soutenir « un système sophistiqué d’abus et d’exploitation des réfugiés et des migrants » et explique de le soutien financier apporté à la Libye rend l’Union européenne « complice de la torture et des abus endurés » par les personnes migrantes en Libye. Amnesty n’est pas le seul organisme à dénoncer l’attitude européenne puisque le 31 janvier 2019, c’est Oxfam et 53 autres ONG qui dénoncent la complicité européenne dans une lettre ouverte adressée au gouvernement.

L'Albanie : rongée par la précarité, la corruption et l'inefficacité du système judiciaire

Dans cet ancien pays satellite de l'URSS rares sont ceux qui restent. La principale raison des départs ? La pauvreté et le chômage qui, associés à un climat politique délétère, à la corruption et à l'insécurité ambiante, poussent les habitants à chercher un meilleur avenir dans d'autres pays d'Europe. Aujourd'hui, on estime à 2 millions le nombre d'Albanais à vivre en dehors des frontières, quand le pays compte 3 millions d'habitants. Si nombre d'émigrés se tournent vers l'Italie et la Grèce, une part importante d'entre eux rallie la France : en 2017, L'Albanie était le premier pays d'origine des demandeurs d'asile, avec 7630 demandes répertoriées dans l'Hexagone. Le nombre de demandeurs d'asile albanais en France aurait toutefois chuté de 34% en janvier 2018. Ce phénomène de migration albanaise n'en demeure pas moins surprenant dans la mesure où l'Albanie est répertoriée comme « pays sûr » par le conseil d’administration de l’OFPRA. Seulement, la dureté de la vie quotidienne vient bousculer ce classement.

 

HISTOIRE DE L'ALBANIE

 

La quête de l'indépendance et les guerres mondiales :  Annexée par l'empire Ottoman depuis le XVIe siècle, c'est en 1908 qu'apparaissent les prémices d'un État indépendant. À ce moment, les Albanais, qui souhaitent devenir autonomes, soutiennent les Jeunes-Turcs, mouvement nationaliste révolutionnaire, mais leur requête n'aboutit pas. Il faut attendre 1912 pour voir Ismaël Kemal proclamer l'indépendance du pays. La naissance du nouvel Etat est perturbée par le déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Après celle-ci, son territoire est réduit. En 1925 est instauré un régime répressif qui gagne en puissance grâce à la signature du pacte de Tirana avec Mussolini.

 

La dictature d'Enver Hoxha : Dès 1941, la résistance face à l'armée italienne réunit les groupes communistes du pays autour d'un homme : Enver Hoxha. Sa victoire face à la Wehrmacht, qui a envahi l'Albanie en 1944, lui confère le statut de héros national. Il prend la tête de la République populaire, créée à l'initiative du parti communiste, et nationalise l'industrie et le commerce. Les terres sont collectivisées, les opposants aux régimes éliminés. En 1949, le ralliement du pays à l'URSS lui permet de bénéficier d'une aide économique considérable. En 1961, Hoxha tourne le dos aux soviétiques, plongeant son pays dans une autarcie dont les habitants sont les premiers à souffrir. Les années 1970 voient les mesures anti-occidentales se multiplier. La police secrète fait régner la terreur sur le territoire. Il laisse sa place en 1982 à Ramiz Alia, qui tente de maintenir le pays à flot dans un contexte de fin de Guerre Froide.

 

Une démocratie fragile : Après la chute du Mur de Berlin, des manifestions étudiantes et des émeutes poussent Alia à créer un gouvernement de transition, dont le socialiste Fatos Nano prend la tête. Cette nouvelle donne permet la restauration d'une presse indépendante, du multipartisme et des lieux de culte. Dans les années qui suivent, malgré les réformes visant à moderniser le pays et stimuler l'économie, la crise persiste. Les dérives autoritaires du nouveau président, Sali Berisha, rendent instable le système politique albanais ce qui donne naissance à une insurrection en 1997 qui conduit à l'implosion du pouvoir en place. Il faudra l'intervention des forces internationales pour restaurer un régime pérenne en Albanie, même si la vie politique reste en proie aux oppositions des deux principaux partis (socialiste et démocrate). Les gouvernements se succèdent. L'instabilité qui en résulte nuit aux bonnes relations entre l'Albanie et l'Union Européenne, qui conditionne son intégration à la réussite de l'élection présidentielle. C'est à la fin des années 2000 que l'Albanie réussit à se faire une place sur la scène internationale. En 2009, elle rejoint officiellement l'OTAN et dépose dans la foulée sa demande d'adhésion à l'Union Européenne.

 

Depuis, les crises politiques se succèdent. Les élections législatives de 2009 donnent lieu à des émeutes et viennent étouffer la bipolarisation de la vie politique albanaise. Le gouvernement a enclenché un nouveau processus de modernisation du pays visant à favoriser son adhésion à l'UE.

 

LES CAUSES DE L'EXIL

L'un des États les plus pauvres d'Europe : Pays le moins développé de l'Europe, l'Albanie est également l'un des plus pauvres. A la fin de l'an 2000, le revenu annuel par habitant était estimé à 800$ par an. Si l'industrialisation du pays, entérinée sous l'ère communiste, a donné une impulsion économique à l’État, l'introduction de l'économie de marché, dans les années 1990, a conduit à un chômage massif. L'agriculture représente une part importante de l'activité des habitants. Un climat économique qui laisse peu de place aux nouvelles générations créatives et diplômées qui, en s'établissant ailleurs, cherchent aussi à améliorer le niveau de vie de leurs familles ; les transferts d'argent de la diaspora représentent aujourd'hui une part non négligeable de l'économie albanaise. La pauvreté, l'absence de travail et les conditions de vie difficiles poussent de nombreux Albanais à fuir. Entre 2011 et 2017, près de 330 000 Albanais ont quitté le pays, ce qui équivaut à 12% de la population. Dans le pays, le taux de chômage des jeunes frôle les 33%. En l'espace de 25 ans, la moyenne d'âge du pays est passée de 28 à 37 ans, alors que le taux de natalité est le plus élevé d'Europe.

 

La pratique de la vendetta : La vendetta (ou vengeance du sang) se base sur le «Kanun», le code de droit coutumier albanais établit au XVème siècle et réactualisé au XXème. Un rapport de l'OSAR (organisation suisse d'aide aux réfugiés) datant de 2016 explique qu'il s'agit traditionnellement "pour la «famille victime» de venger le sang versé suite à un meurtre et rétablir l’honneur de sa propre famille par l’assassinat d’un membre de la «famille auteure»". Sous Hoxha, cette pratique était devenue moins courante mais le déclin communiste dans les années 1990 a permis son retour. Même s'il semblerait que ces dernières années ces crimes soient moins nombreux, la loi du Talion s'applique encore en Albanie et va jusqu'à viser les enfants. L'association suisse précise qu'en 2014, des organisations non gouvernementales avaient estimé à 1500 le nombre d'hommes qui auraient été contraints de vivre en isolement dans toute l’Albanie en raison de vendettas cette année-là. Malgré l'intensification des efforts du gouvernement pour mettre fin à cette pratique, ceux-ci semblent insuffisants dans un pays où règne la corruption.

 

La corruption du système judiciaire : Par peur des représailles ou du fait de leur propre implication, les magistrats et la police restent bien silencieux face à la pratique de la vendetta comme face à de nombreux crimes. Dans le système judiciaire, les pots-de-vin sont souvent échangés contre des décisions judiciaires favorables. Bien que la Constitution prévoie un pouvoir judiciaire indépendant, dans la pratique, les tribunaux font l'objet de pressions et d'intimidations politiques. La corruption et l'impunité sont également des problèmes endémiques au sein des instances policières. L'Union Européenne a bien conscience de l’ampleur de la corruption, c'est pour cela que l'adhésion de l'Albanie à l'UE dépendra de deux critères : la preuve d'une progression dans lutte contre la criminalité et la corruption alliée à un meilleur fonctionnement de l'appareil judiciaire. Cette demande conduit à une répression dure, sans pour autant parvenir à endiguer le clientélisme.

 

La situation des albanaises, entre traditions et violences : L'étiquette de « pays sûr » ne comprend pas nécessairement les violences faites aux femmes. En mars 2010, la violence conjugale y était toujours considérée comme une affaire relevant de la sphère privée par la police et une femme sur trois était victime de violences de la part de son mari, de son compagnon ou d’autres membres de sa famille (selon Amnesty International). Les réponses du système judiciaires et les mesures de protection sont encore insuffisantes selon de nombreuses associations. Ce qui pèse sur de nombreuses femmes c'est le poids des traditions patriarcales dans lesquelles l'"honneur" fait loi : Un rapport de l'Ofpra datant de 2013 explique que "contraintes de cacher leur grossesse (hors mariage), nombre de jeunes femmes avortent, dans la plus grande discrétion, à l’hôpital ou de façon clandestine. La famille, dont la réputation est entachée, peut tenter d’arranger un mariage avec le père de l’enfant voire même avec un autre homme." Monika Kocaqi, directrice de l’association de défense des droits des femmes Refleksione précise que dans certaines régions rurales, pour une femme victime de viol : "le chef de famille peut décider de ne rien dire et marier de force la jeune femme à son violeur, ou à un autre homme qui l’acceptera, pour rétablir l’honneur". Ce type de cas est surtout vrai dans les zones rurales, dans les grandes villes le poids des traditions est moins fort, la liberté plus grande.

 

La question des minorités : L’Albanie est un pays composite où l'on trouve diverses minorités souvent défavorisées socialement et économiquement. C'est entre autres le cas pour les roms, comme le signale le rapport 2018 d'Amnesty International consacré à l'Albanie même si des mesures ont été prises : "la plupart des Roms ne disposaient pas d’un accès suffisant à l’eau potable et beaucoup restaient exposés à des expulsions forcées". La discrimination touche également les homosexuels, le même rapport signale "que deux ONG ont déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pour demander que le Code de la famille, qui prive les couples de même sexe des droits liés au concubinage, soit modifié" et qu'une "enquête menée en août a révélé des discriminations généralisées dans le domaine de l’emploi, tant dans le secteur public que dans le secteur privé".

 

L'ARRIVÉE EN EUROPE

 

L'Italie, première destination des émigrés Albanais : L'Italie a longtemps constitué la première destination des Albanais. Ils seraient 1 million à vivre dans ce pays. En 1991, le régime communiste et la crise économique avaient poussé 27 000 d'entre eux à fuir vers d'autres horizons. Une grosse partie des émigrés Albanais s'est également installée en Grèce à la même époque, mais la crise qui a frappé le pays en 2008 en a poussé beaucoup à rejoindre leur pays d'origine.

 

Le durcissement de la politique d'asile en France et en Allemagne : Dès 2015, l'Allemagne, qui est le troisième pays de destination des Albanais après la Grèce et l'Italie, durcit sa politique d'accueil des émigrés en prenant de nouvelles mesures, dont celle de déclarer comme « sûrs » trois Etats des Balkans : le Kosovo, l’Albanie et le Monténégro. 40% des demandeurs d'asiles viennent de ces pays, mais seul 1% parvient à obtenir le statut de réfugié. En faisant voter un ensemble de décisions à l'Assemblée générale des Nations unies, Angela Merkel souhaite pouvoir renvoyer plus rapidement chez eux les migrants déboutés issus de « pays sûrs » pour se consacrer à ceux qui arrivent de zones de conflit. Quand l'Allemagne a mis en place un processus de rapatriement, les Albanais se sont tournés vers la France. Celle-ci a aussi attribué le label « pays sûr » à l'Albanie : ce statut l'autorise à débouter les demandes d'asile des migrants qui en arrivent, mais elle est tenue de traiter tous les dossiers en tant que pays signataire de la Convention de Genève. Aujourd'hui, 75% des demandes d'asiles d'Albanais en Europe sont déposés en France. Entre 2016 et 2017, les chances d'obtenir le statut de réfugié sont passées pour eux de 18% à 10%. Face à ce phénomène, le ministère de l'Intérieur a mis en place plusieurs mesures pour dissuader les Albanais de venir chercher l'asile dans l'Hexagone, et établi un plan d'action en partenariat avec Tirana (capitale albanaise). Parmi ces mesures, le renforcement des contrôles au départ, une mise en avant des conditions des retours, la lutte contre l'émigration des mineurs isolés ou encore une répression plus importante vis-à-vis des réseaux d'immigration.

Le cas des « retours volontaires » : Dans le cadre de cet ensemble de mesures visant à réduire l'émigration albanaise en France, le gouvernement a fait la promotion de la politique de retour, dont ont bénéficié 1500 demandeurs d'asile Albanais en 2017. Pour nombre d'entre eux, venus trouver en France du travail ou un meilleur système de santé, ce retour a le goût amer de l'échec et d'un retour à la case départ, quand ils croyaient à une nouvelle vie ailleurs. La loi prévoit, pour les ressortissants des pays qui ne dépendent pas de l'Union Européenne et ne sont pas soumis aux visas, 300€ par personne, enfant compris, pour un retour volontaire. Les prochains pays concernés par cette politique de retour ? l'Arménie et le Kosovo.

L'Éthiopie : quand la répression politique et les mariages forcés poussent à l’exil

L’Éthiopie est l’état le plus peuplé de la Corne de l’Afrique, avec un peu plus de dix millions d’habitants. Il est aussi un des pays les plus pauvres de la planète. Avec un Indice de Développement Humain d’à peine 0,463, l’Éthiopie figure au 182ème rang sur 187 pays représentés en 2017. Il s’agit d’un pays en grande difficulté économique, cette crise est principalement causée par des facteurs politiques (problématiques religieuses et régionales) et environnementaux. Le gouvernement éthiopien a violé à de nombreuses reprises les droits fondamentaux, notamment quant au traitement des opposants politiques et des minorités religieuses. A ces troubles politiques s’ajoutent des crises économiques récurrentes et des déplacements de population causés par le changement climatique.

La nomination d’un nouveau chef du gouvernement Abiy Ahmed, par l’assemblée au mois d’avril permettra peut-être l’ouverture d’une nouvelle voie.

 

HISTOIRE DE L’ÉTHIOPIE

 

Jamais colonisée, l’Éthiopie fait figure d’exception parmi les pays de la corne de l’Afrique. Sa situation géographique en fait très tôt le centre des échanges culturels et économiques entre l’espace méditerranéen, la mer Rouge et le continent africain. Vers 330, le royaume choisit le christianisme comme religion officielle. La population chrétienne représente encore une majorité de la population, 60% contre 34% de musulmans. La présence de l’islam sur ce territoire remonte aux premiers temps de l’hégire. Cette division religieuse du pays demeure et a été la cause de violence gouvernementale, vis-à-vis de la minorité musulmane.

 

 Les rapports complexes avec les puissances européennes : La période du XIXème et du début du XXème siècle dans l’histoire éthiopienne est marquée par l’ambiguïté des rapports avec les puissances européennes, en particulier suite à l’ouverture du Canal de Suez. Les rapports avec l’Italie sont particulièrement complexes et se cristallisent à travers plusieurs conflits. La première constitution du pays est proclamée en 1931. Les relations avec l’Italie, alors fasciste, s’aggravent jusqu’à provoquer une seconde guerre italo-éthiopienne en 1935. Cette guerre se solde par une défaite éthiopienne, cela entraine une occupation partielle du pays par l’Italie mussolinienne. Le pays est libéré en 1941. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le pays enclenche une dynamique de reconstruction. Dans le contexte naissant de la Guerre Froide, les mouvements de contestation du pouvoir en place sont largement soutenus par le bloc de l’Est.

 

 Le tournant communiste : Ces mouvements de contestation conduisent à la chute de l’empire en 1974 avec la déposition et l’arrestation du dernier empereur, Haile Sellasie. Un comité militaire, appelé le Derg, prend le pouvoir et applique une politique d’inspiration soviétique voire maoïste. Les étudiants sont notamment envoyés dans les provinces dans le cadre de campagnes d’alphabétisation pour diffuser l’idéologie communiste. Les années 1976 à 1978 sont marquées par de très grandes violences politiques, dans le contexte d’affrontement entre le parti central et le parti d’opposition. Des collégiens et lycéens sont massacrés après la participation à des manifestations contre le régime. Ce sont les années de « Terreur rouge ».

 

 La transition démocratique face aux défis économiques et migratoires : Le régime du Derg perdure jusqu’en 1991. De 1991 à 1995, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), est chargé de mener le pas vers une transition démocratique. Après l’indépendance de l’Érythrée en 1993, la République fédérale démocratique d’Éthiopie est proclamée en 1995. La transition demeure relativement paisible, en revanche la situation régionale et frontalière n’est pas encore apaisée, cela se traduit par l’invasion de l’Éthiopie par l’Érythrée en 1998. Malgré la victoire de l’Éthiopie au terme d’un conflit de deux ans, les rapports entre les deux pays demeurent conflictuels. L’instauration du régime de l’EPRDF (Ethiopian People’s Revolutionary Democratic Front) a provoqué une accélérions des migrations intra-nationales en Éthiopie. Depuis 2005, le FDRPE demeure le parti au pouvoir. Les élections générales de 2010, avec un taux de participation de presque 90% ont confirmé le poids du parti au sommet de l’état avec 100% des sièges au Parlement. Les résultats ont été largement contestés et ont donné lieux à de violentes manifestations dans la capitale.

 

 Les mouvements de contestations, cristallisation des tensions socio-économiques : Depuis 2015, le contexte économique, social et politique a provoqué de larges mouvements sociaux et à des mobilisations. Ces manifestations ont été très violemment réprimés par les autorités. Cela concerne tout particulièrement les contestations venant de la communauté oromo contre des décisions d’extensions territoriales de la capitale. C’est le projet de Master Plan qui cristallise les tensions. Il s’agit d’un grand projet de développement pour agrandir le tertiaire de la capitale. Cette extension territoriale présentée en 2014 reviendrait à rogner sur le territoire de la région d’Oromia - une des principales régions des neuf régions constitutionnelles. Cela permettrait de multiplier par vingt la superficie de la ville. La continuité territoriale de la région oromo est donc mise en danger par ce Master Plan puisque cela la diviserait en deux. Ce projet a déclenché manifestations étudiantes réprimées dans le sang par le gouvernement. Acte qui a enflammé le pays et poussé le gouvernement a déclaré l’état d’urgence le 9 octobre 2015. Le 12 janvier 2016, les autorités gouvernementales annoncent le retrait du Master Plan mais cela ne suffit pas à calmer le mouvement.

 

Cette situation semble peut-être s’apaiser avec la nomination d’un nouveau chef du gouvernement en avril 2018,  Abiy Ahmed, suite à la démission d'Hailemariam Desalegn en février 2018, en conséquence des manifestations anti-gouvernementales. Dès ses premières semaines d’exercice, il a déclaré l’amnistie des dissidents politiques, mis fin à l’état d’urgence et proclamé la paix avec l’Érythrée (suite à sa rencontre historique avec le président érythréen, Issayas Afewerki le 8 juillet 2018). Le nouveau Premier Ministre nomme également pour la première fois un gouvernement paritaire, de plus,   une femme, Sahle-Work Zewede, est désignée présidente du pays le 18 octobre 2018. Mais les défis à relever sont encore nombreux.

 

LES CAUSES DU DÉPART

 

L’Éthiopie est une terre de départ pour les éthiopiens mais aussi pour les réfugiés, notamment soudanais (200 000 y aurait trouvé refuge depuis 2013) et érythréens. Si l’Éthiopie est un des pays de départ de l’immigration vers l’Europe, c’est avant un pays d’accueil à l’échelle régionale. Après le Kenya, l’Éthiopie est le deuxième pays d’accueil de réfugiés politiques, économiques et climatiques sur le continent africain. On compte plus de 38 000 réfugiés érythréens dans des camps répartis sur l’ensemble du territoire.

 

La pauvreté : La pauvreté est liée notamment à des crises de famines à répétition depuis les années 1970. Environ 7, 88 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire en urgence, 3,85 millions d’enfants et de femmes enceintes souffrent de malnutrition aiguë et 1,74 million de personnes déplacées contraintes par la sécheresse et les conflits. Malgré ces chiffres, le pays vit une croissance économique extrêmement rapide, depuis 2004, avec 10,5% de croissance annuelle moyenne, ce qui attire de nombreux investisseurs asiatiques mais aggrave les inégalités sociales et économiques. 71% de la population éthiopienne a moins de 30 ans. Le taux de chômage de la jeunesse urbaine s’élève près de 50%. Les jeunes diplômés sont particulièrement touchés par le chômage, beaucoup doivent retourner travailler dans l’exploitation familiale après plusieurs années d’études.

 

 Le cas des Oromos : La mise en œuvre de ce Masterplan a conduit à des expropriations forcées des populations oromos, sans dédommagement réel et sans recours juridictionnel possible. L’annonce de ce projet a été l’élément déclencheur des contestations sociales, d’abord estudiantines puis généralisées. La répression très sévère des premières manifestations en 2014 a provoqué un sursaut d’une partie plus large de la population. Certaines manifestations pacifiques ont été réprimées par des tirs à balles réelles y compris dans des universités. Le recours l’état d’urgence (en octobre 2015) par le gouvernement a permis au celui-ci d’accroitre encore les violations des droits fondamentaux dans le traitement des victimes de la répression. A cela s’ajoute l’application des dispositions de la législation anti-terroriste aux opposants du gouvernement. Ce projet de développement urbain a servi et sert encore (malgré l’abandon du Masterplan en 2016) d’élément de cristallisation des contestations de la communauté oromo et de la jeunesse éthiopiennes. La dynamique sanglante manifestions/répressions se perpétue de manière irrégulière mais récurrente en Éthiopie, poussant de nombreux oromos à fuir leur pays. Plus d’un millier de personnes ont été tuées dans la région de l’Oromo dans des mouvements de contestation depuis 2015.

 

Le « mariage forcé », un instrument coercitif symbole des violences faites aux femmes et aux filles : En 2011, on estimait que 58% des femmes dans la tranche d’âge 20-49 ans avaient été mariées avant leurs 18 ans. Car le mariage des mineurs est un fléau. Bien qu’en baisse, en partie grâce aux campagnes de sensibilisation des ONG locales, de fortes résistances régionales perdurent. Dans les zones urbaines, la moyenne d’âge du mariage dépasse désormais l’âge légal (18 ans) mais en région Amhara, elle est estimé à 15,1 ans. Dans un rapport de 2017 l’ofpra parle du « mariage précoce et de l’excision, comme des deux formes de pratiques traditionnelles néfastes pour la santé des femmes les plus répandues en Éthiopie ».

Deux formes de mariages forcés existent : Le mariage arrangé est particulièrement rependu. Il y a également le mariage par enlèvement, qui bien qu’en net recul, atteignait encore 7,8 % des mariages à l’échelle nationale en 2005 selon l’ Ethiopian Demographic Health Survey. Cette pratique consiste à ce que le prétendant d’une jeune fille qui n’a pas reçu l’accord de la famille ou de la jeune fille elle même, vienne avec ses amis l’enlever. Souvent violée, la dote de la jeune fille baisse et les parents concèdent souvent au violeur l’autorisation d’épouser leur fille.

 

La discrimination envers les falshas, les juifs d’Éthiopie : Il existe aussi des flux de migrations éthiopiens vers Israël. Après une période de restrictions, le gouvernement israélien autorise de nouveau l’immigration aux Juifs éthiopiens. Majoritairement localisé au nord du pays, les falashas. Considérés comme portant le « mauvais œil », porteur de maladie et de mort. C’est pour cette raison qu’un certain nombre d’entre eux sont tués.

"Les cas d’assassinats ou de dommages à la propriété des membres de la communauté restent encore monnaie courante. Ils sont privés de nombreux droits fondamentaux, tels que la propriété du cimetière", expliquait Irène Orleansky en 2016. Pour toutes ces raisons, de nombreux juifs éthiopiens font leur Alya (immigration en terre d’Israël).

 

LA SITUATION DES EXILÉS

 

Le dangereux parcours vers l’Europe : L’Europe n’est pas la première destination des migrants éthiopiens. Ils s’orientent principalement vers les pays du Golfe. Beaucoup traversent la Mer Rouge pour accéder au Yémen, où ils sont aussi victime de la guerre civile. Beaucoup travaillaient dans des conditions proches de l’esclavage en Arabie Saoudite jusqu’à ce que les autorités saoudiennes prennent la décision de chasser les travailleurs illégaux de son territoire.

Les migrants payent parfois plus de 10 000 dollars leur passage vers l’Europe, c’est-à-dire la traversée de la Méditerranée. Ce passage vers l’Europe n’est permis que par des réseaux clandestins de passeurs. Nombreux sont les cas où les migrants sont soumis au travail forcé, voire sont vendus en esclavage et/ou tombent dans des réseaux de prostitution.

 

Migrants éthiopiens en Europe : Il est difficile de connaitre la réalité de la situation des migrants éthiopiens en Europe et tout particulièrement en France. Selon le dernier rapport annuel de l’Ofpra, sur les 342 demandes de protections internationales déposées par des éthiopiens, 217 ont été acceptées par l’Ofpra ou la CNDA. 2 700 franchissements illégaux de frontière par des migrants éthiopiens ont été dénombrés par l’UE en 2015, il semblerait que le nombre de migrants éthiopiens en situation irrégulière est en réalité beaucoup plus élevé. Il apparaît que certains migrants éthiopiens se déclareraient comme d’origines érythréennes pour obtenir le statut de réfugier politique. L’Éthiopie est un état clé dans la coopération avec l’UE dans le cadre de sa politique pour freiner les flux migratoires. Cependant, on note la mention de migrants éthiopiens dans le cadre d’une mission de recueil et d’orientation des demandes d’asile conduite par l’OFPRA auprès de demandeurs d’asile recensés à Paris (sur le campement du boulevard de la Chapelle) ainsi qu’à Calais. Les réfugiés éthiopiens présents sur le territoire français sont principalement de l’ethnie oromo.

 

 

Le gouvernement éthiopien a promis des réformes et la nomination d’un nouveau chef du gouvernement pourrait permettre d’entrevoir une éclaircie pour l’avenir de l’Éthiopie. Les contestations s’inscrivent dans la durée et réclament le partage équitable des ressources et le libre exercice des droits démocratiques inscrits dans la Constitution. La transition s’annonce difficile et beaucoup d’observateurs anticipent de nouveaux afflux de réfugiés éthiopiens en Europe

Le Sénégal : entre insécurité alimentaire et violations des Droits Humains

Habituellement présenté comme un modèle de démocratie en Afrique, le Sénégal, deuxième puissance économique de l’Afrique de l’Ouest francophone, a récemment fait l’objet de critiques dans un rapport d’Amnesty international. A quelques mois de l’élection présidentielle, l'association dépeint un pays où l’indépendance de la justice est insuffisante, où la liberté d’expression est fortement menacée et où de nombreux droits de l’Homme ne sont pas respectés.

Les indicateurs de développement humain du pays demeurent faiblement élevés, plus de la moitié de la population vivant avec moins de 3 dollars par jours. Pour ces raisons, beaucoup de Sénégalais font le choix de quitter leur pays, et bien souvent immigrent en France.

 

HISTOIRE DU SÉNÉGAL

ŸŸŸ• L’implantation européenne,Ÿ l’esclavage et la colonisation :La conquête coloniale du Sénégal débute par la découverte de ces terres au milieu du XVe siècle par le Portugal qui commence alors la traite d’esclaves sénégalais (concurrencés plus tard par les britanniques, les hollandais et les français). Ce n’est qu’en 1848 que l’esclavage sera définitivement aboli par la France. A cette époque, la colonisation française perturbe fortement la culture du pays et à la fin du XIXe siècle tout le territoire de l’actuel Sénégal est sous domination française.

 

Ÿ• Le Sénégal, instrument de la politique militaire de la France durant les deux guerres mondiales :Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, les sénégalais rejoignent la conscription des tirailleurs : un corps de militaires constitué au sein de l'Empire colonial français. Au sein de l’Afrique Occidentale Française, c’est le Sénégal qui fournit l’effort de guerre le plus important, avec 1,7 % de la population, soit plus de 20 000 hommes. Sur les 63 000 sénégalais engagés en France durant la seconde guerre mondiale, 24 000 sont morts ou portés disparus au moment de l'Armistice.

 

Ÿ• Le chemin vers l’indépendance :L’Empire colonial français cède d’abord la place à l’Union française en 1946 qui confère au Sénégal un statut de territoire d'outre-mer. Suite à la montée de l’anticolonialisme dans de nombreux pays, la loi du 23 février 1956 modifie le statut de ces territoires. Le Sénégal conquiert alors une autonomie accrue et le suffrage universel masculin et féminin est instauré. Lors du référendum du 28 septembre 1958, 97,2 % des Sénégalais optent pour le statut d'État membre dans le cadre de la Communauté et le pays se dote d'une constitution proche du modèle français. En 1959, la république soudanaise (actuel Mali) et le Sénégal fusionnent pour former la fédération du Mali. Finalement, le 10 aout 1960, le Sénégal se retire de la fédération et proclame son indépendance.

 

Ÿ • D'Abdou Diouf à Macky Sall : En 1981, Léopold Sédar Senghor cède la place à son Premier ministre, Abdou Diouf. Celui-ci instaure immédiatement le multipartisme intégral, permet à une presse libre d’émerger progressivement, et entreprend de lutter (sans grand succès) contre la corruption. L’ère Diouf est marquée par de grandes difficultés économiques et politiques à partir de la fin des années 1980 (notamment le conflit dans la région de la Casamance). En 2000, Diouf reconnaît sa défaite face à Abdoulaye Wade. En 2001, le parti de Wade remporte les trois quarts des sièges à l’Assemblée nationale. Attentif au prestige international du Sénégal, Abdoulaye Wade se révèle être un chef d’État particulièrement autoritaire : il suscite de nombreuses critiques lorsqu’il nomme son fils, présenté comme un possible successeur, à la tête d’un «super-ministère», en 2009. Macky Sall lui succède en 2012 et demeure l'actuel président. Il est qualifié par l'Alliance nationale pour la démocratie (AND) de president le plus "impopulaire" que le Sénégal ait jamais connu, les dérives antidémocratique de son gouvernement ont récemment étaient dénoncées par Amnesty international. Il a été notamment extrêmement critiqué pour sa défense du franc CFA. Devise mise en place en 1945, héritée du système colonial, son taux de change est indexé à l'euro et les billets sont imprimés par la Banque de France. La question du franc cfa divise : certains y voient un gage de stabilité, d'autres dénoncent cette dépendance monétaire envers la France comme le maintien de pays africains dans un système colonial et comme frein au développement économique de ces pays.

 

LES CAUSES DU DÉPART

 

• Les violences faites aux femmes : Les mutilation génitales sont très rependues : selon les chiffres de 2017, au niveau national, 13 % des filles de moins de 15 ans sont victimes de mutilations génitales ou excision (principalement dans la région de Matam). Le mariage forcé précoce est l'autre fléau qui touche  les femmes sénégalaises et qui peut pousser à leur exil. Selon Country Reports on Human Rights Practices, la loi interdisant le mariage des filles âgées de moins de 16 ans n’est pas appliquée dans la plupart des communautés où se pratique les mariages arrangés. En 2016, l'UNICEF estimait que 32% des femmes sont mariées avant 18 ans et 9% avant 15 ans. Les efforts du gouvernements semblent se heurter à l'ancrage des pratiques traditionnelles.

• Un pays dangereux pour les personnes homosexuelles : L'homosexualité est le motif le plus fortement invoqué par les demandeurs d’asile car elle est pénalement réprimée au Sénégal (peine pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison). L'actuel président a déclaré en 2016 : «  tant que je serai le Président de la République, l’homosexualité ne sera jamais permise ici ». La répression de l'homosexualité a donné lieux à un certain nombre d'arrestations :  en 2013, neuf jeunes homosexuels dont le président de l’association AIDes au Sénégal avaient été condamnés à huit ans d’emprisonnement pour « acte impudique et contre-nature et association de malfaiteur ».

 

• La discrimination à l'égard des albinos : Outre la marginalisation de cette partie de la population, « durant la campagne présidentielle de 2012, de nombreuses rumeurs ont fait état d’enlèvements d’albinos pour des rites sacrificiels », explique un rapport de l'Ofpra. Encore aujourd'hui. Une croyance absurde pousse certains hommes à violer des femmes albinos pour se guérir du Sida.  Le problème est aussi sanitaire puisque le système de santé ne prend pas en charge leurs problèmes de santé (provoquant des cancers de la peau et des aveuglements).

 

• L’insécurité alimentaire et la pénurie d’eau : En juin 2018, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a ajouté le Sénégal à la liste des 36 États nécessitant une aide alimentaire. Si la FAO relève les progrès que les autorités ont réalisé, notamment dans le secteur agricole ces dernières années, ceux-ci sont néanmoins insuffisants. Le Sénégal reste dépendant des forts aléas climatiques et rapporte qu’au dernier trimestre de l’année 2018, 5% des 15 millions de sénégalais pourraient se trouver en « insécurité alimentaire ». Le pays a en effet été touché par un manque d’eau qui a cassé toute la chaine de production alimentaire entrainant la mortalité du bétail et la destruction des zones de pâturages par des feux de brousse. Pour la FAO, plus de 300 000 personnes sont actuellement en situation d’insécurité alimentaire et ce chiffre pourrait très rapidement dépasser les 750 000 personnes.
Au Sénégal, l’exploitation et la gestion du service public de l'eau potable en milieu urbain est assurée par la Sénégalaise Des Eaux (SDE) depuis 1996, un monopole dont la société civile souhaite la fin. En 2014, une étude publiée par l'ONG Transparency international intitulée La gouvernance de l'eau potable au Sénégal appelait le gouvernement sénégalais à plus de transparence, notamment dans un souci de santé publique en raison de la qualité de l'eau distribuée dans certaines zones du pays. Transparency international plaidait alors pour une baisse du prix de l’eau, rapportant notamment que pour 86,5% des dakarois, les tarifs alors en vigueur étaient beaucoup trop élevés.

 

• La violation de nombreux droits de l’Homme dans un contexte politique fragile : En cette année 2018, le Sénégal a été touché par une grave crise politique, et ce à l’aube de l’élection présidentielle de février 2019. Le 31 aout dernier, le maire de Dakar, Khalifa Sall, a été révoqué de ses fonction par décret présidentiel, après avoir été condamné en appel à 5 ans de prison pour escroquerie sur les deniers publics. Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty Sénégal a expliqué que cette affaire « amène à s'interroger sur l'indépendance de la justice » au Sénégal. Dans son rapport de 2018, Amnesty International s'étonne du fait que les procédures pour faits présumés de corruption ou de détournement de deniers publics ne touchent que « des leaders de l'opposition ».
Le Sénégal n’est pas non plus un modèle en matière de liberté d’expression. En effet, en 2018, des journalistes, des artistes, des utilisateurs des médias sociaux et d’autres personnes qui exprimaient des opinions dissidentes ont été arrêtés de manière arbitraire. C’est le cas de  la journaliste Oulèye Mané. Trois autres personnes ont été interpellées le 30 juin dernier pour « publication d’images contraires aux bonnes mœurs » et « association de malfaiteurs » après avoir partagé des photographies du président Maky Sall sur les réseaux sociaux. En août, le procureur de la République a indiqué que quiconque diffuserait sur Internet des commentaires ou des images à caractère « injurieux », de même que les administrateurs des sites hébergeant du contenu de ce type, serait passible de poursuites.

 

• Le phénomène des enfants des rues : A l’instar de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, le Sénégal connait le phénomène alarmant des enfants des rues, aussi appelés «  talibés ». Les talibés sont ces garçons, généralement âgés de 5 à 15 ans, confiés par leurs parents à un maître coranique (ou marabout) afin que celui-ci se charge de son éducation religieuse. Cette éducation a lieu dans une école appelée « daara ». En contrepartie, le talibé doit s'acquitter des travaux domestiques, et est généralement contraint à mendier dans les rues afin de subvenir à ses besoins et aux besoins de son maître et de sa famille. Au Sénégal, la majorité des talibés vivent dans des conditions très précaires. Logés en surnombre dans des maisons délabrées, ils sont victimes de sévices corporels courants, et sont sévèrement battus par leur maitre s’ils ne ramènent pas la somme d’argent fixé par ce dernier. Depuis de nombreuses années, des associations  dénoncent cet état de fait, parlant d'« esclavage moderne ». En 2017, Human Rights Watch publiait rapport qui estimait à 50 000 talibés à travers le Sénégal.

 

UN PEUPLE EN MIGRATION

• Un départ traditionnellement vers la France : Traditionnellement, les Sénégalais immigraient vers les anciennes colonies françaises d’Afrique et en France, pour des raisons tant géographiques, qu’historiques et linguistiques. Dans les années 1960-1970, l’émigration sénégalaise vers la France débute de manière épisodique. Comme l’explique le sociologue Seydou Kanté, il s’agit d’une émigration de « rotation »  entre membres d’une même famille, principalement employés dans l’Hexagone dans les usines et le secteur du bâtiment. Au milieu des années 1970, l’immigration sénégalaise en France devient plus régulière. Après les années 1980, le nombre de Sénégalais qui partent s’installer durablement à l’étranger augmente, toujours principalement en France. Pour ce qui est du cas spécifique des réfugiés, le rapport d'activité de l'Ofpra signale pour l'année 2017, que sur les 1091 demandes de protection internationale faites par des sénégalais en France, seulement 202 ont été acceptées par l'Ofpra ou la CNDA (Cour nationale du droit d'asile). En 2015, 300 000 sénégalais résidaient en France en situation régulière, constituant ainsi l’une des principales communautés Africaine en France.

 

• Une nouvelle destination migratoire vers les États-Unis : L’émigration des Sénégalais vers les États-Unis commence au début des années 1980. Elle est le fait de commerçants sénégalais assez fortunés ayant acquis une expérience migratoire en Afrique ou en France. Ces commerçants vont aux États-Unis pour se procurer des produits nécessaires pour le ravitaillement des marchés de Dakar ou de certaines capitales africaines. Par la suite, et face aux opportunités qui s’offrent à eux ou aux difficultés rencontrées dans leurs premiers pays d’immigration, ces marchands et négociants commencent à s’installer sur le sol américain de manière durable. Du coté des étudiants, le choix de la destination a aussi changé ces dernières années. Si 66 % des étudiants sénégalais qui partent étudier à l’étranger se rendent encore aujourd’hui en France, ils se tournent également vers Canada, les États-Unis ou encore la Chine.

 

• Le phénomène des «  repatriés » : Un article récent du Monde, rapportait les propos d’une jeune sénégalaise, qui après avoir étudié en France, décidait de revenir dans son pays par « devoir moral » estimant qu’ « il vaut mieux rentrer et développer notre pays en étant sur place, plutôt que d'envoyer de l’aide ». Ce phénomène de retour des immigrés a pris de l'ampleur au Sénégal mais reste encore difficilement quantifiable. Selon Papa Sakho, responsable du département de géographie à l'Université Anté Diop de Dakar,« au bout de dix ans, un quart des migrants revient au Sénégal ».

FOCUS : Les mineurs non accompagnés

Qui de plus fragile, de plus vulnérable qu’un enfant contraint de quitter sa famille et son pays. On les appelle les « mineurs non accompagnés » : envoyés par leurs parents pour rejoindre de la famille à l’étranger ou partis à l’aveugle dans l’espoir d’être mieux ici que là-bas, ils arrivent en France, destination choisie ou temporaire où ils se retrouvent seuls et sans représentants légaux, dans un pays dont ils ne connaissent ni la langue, ni la culture, et doivent alors subir les dures règles de l’immigration clandestine. La problématique des mineurs non-accompagnés a pris une ampleur croissante au cours des dernières années, dans un contexte global de crise migratoire qui touche l’Union européenne et la France. Aujourd’hui, leur prise en charge constitue un défi majeur pour les pouvoirs publics et notamment les départements.
Alors qu’ils n’étaient « que » 23 000 en Europe en 2014, le nombre de mineurs non accompagnés en 2016 était estimé à 90 000. En France, 25 000 mineurs non accompagnés étaient pris en charge par les conseils départementaux fin 2017, contre 18 000 en juin 2017 et 13 000 fin 2016.

QUI SONT LES MINEURS NON ACCOMPAGNÉS ?

• Une catégorie juridique à part : Pour l’État français, les mineurs non accompagnés sont définis comme des jeunes de moins de 18 ans qui n’ont pas la nationalité française et demeurent sans représentant légal sur le sol français. De leur minorité découle une incapacité juridique, et de l’absence de tuteur, une situation d’isolement et un besoin de protection. En effet, au titre de l’article 20-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, « tout enfant qui est définitivement privé de son milieu familial (…) a droit à une protection et une aide spéciale de l’Etat ». Pendant longtemps, la France les appelait « mineurs isolés étrangers » avant de se conformer au vocabulaire adopté par la majorité des Etats membres de l’Union Européenne soit celui de « mineur non accompagné » (MNA). Ce changement d’appellation n’est pas anodin : il s’agit en effet de moins stigmatiser ce public en supprimant, dans les textes, leur caractérisation d’« étranger ».

• Des profils sociologiques variés : Les mineurs non accompagnés sont à 95% des jeunes hommes et 83% des MNA ont entre 15 et 17 ans. D’après un rapport sénatorial de 2017, « cette prépondérance des adolescents peut (…) s’expliquer par le fait que nombre d’entre eux sont missionnés par leur famille qui les juge plus aptes à un voyage difficile ». Concernant leurs origines, 70% des MNA présents sur le territoire français viennent d’Afrique et particulièrement d’Afrique de l’Ouest (44%), du Sahel (27%), et d’Afrique du Nord (14%). 20 % viennent d’Asie (Bangladesh, Afghanistan et Inde), et seulement 8% d’Europe.

POURQUOI CES MINEURS FUIENT ILS LEUR PAYS ?

Il est possible de distinguer plusieurs types de mineurs non accompagnés en fonction des raisons qui ont poussé ces jeunes à quitter leur pays. Il est notamment possible de rassembler ces « catégories » en deux groupes, selon que la décision de quitter leur pays d’origine soit prise ou non par le mineur. Le rapport sénatorial de 2017 estimait que « si la diversité des situations individuelles interdit toute généralisation, l’étude de l’origine, les modalités d’arrivée en France et le profil des MNA semble indiquer qu’un nombre important d’entre eux correspond davantage à la catégorie des mandatés qu’à celle des exilés ou des errants ».

• Le mineur non accompagné peut être tributaire d’une décision de quitter son pays prise par des adultes : Il peut ainsi s’agir d’un mineur « confié ». Ce dernier a été amené en France par un adulte et est tributaire d’arrangements entre adultes : il n’a pas décidé de quitter son pays d’origine et subit au contraire les décisions d’adultes, le plus souvent de ses parents. Le mineur dit « exploité », est quant à lui celui qui est poussé au départ pour être utilisé comme force de travail dans son pays de destination. Le mineur « missionnaire » ou « mandataire », est lui poussé au départ par sa famille afin de travailler, d’envoyer de l’argent, de poursuivre des études ou d’apprendre un métier dans un autre pays.

• Mais le mineur peut aussi être à l’origine de la décision de quitter son pays d’origine : Il peut tout d’abord s’agir du mineur « réfugié » ou « exilé », c’est-à-dire d’un jeune qui était en danger dans son pays, par exemple à cause d’une guerre ou de conflits ethniques et qui fuit ainsi des persécutions. Il peut aussi s’agir de mineurs non accompagnés dits « rejoignant », lequel a décidé de rejoindre ses parents hors de toute protection légale et qui est à l’initiative du départ de son pays. Enfin, le mineur peut être « conquérant » ou « fugueur ». Il s’agit alors d’un jeune qui a pour motivation d’avoir une meilleure vie que celle qui est la sienne dans son pays d’origine et qui décide pour cela de partir dans un nouveau pays.

COMMENT LES MINEURS NON ACCOMPAGNES SONT ILS PRIS EN CHARGE EN FRANCE ?

Les Etats qui ont ratifié la Convention internationale des droits de l’enfants (CIDE), doivent normalement porter assistance à ces mineurs. En effet, l’article 2 de cette convention dispose que « les Etats parties s’engagent à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente Convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune ».
En France, les MNA peuvent ainsi bénéficier d’une protection par le service de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) qui relèvent de la compétence des territoires départementaux. En effet, le droit français ne doit poser aucune condition de nationalité pour bénéficier de cette protection, fondée sur les besoins des mineurs sans considération de leur statut d’étranger. Une fois reconnus MNA, ces jeunes doivent bénéficier du droit commun de la protection de l’enfance au même titre que les nationaux. La prise en charge de ces jeunes incombe aux départements qui sont chargés de la première évaluation de la minorité, de l’isolement et de la vulnérabilité des jeunes.

1- Établir la minorité 

a)  En théorie, une procédure rigoureuse d'évaluation et de mise à l'abri

• La mise à l’abri et l’évaluation de la minorité : Lorsqu’un jeune se présente comme étant un mineur non accompagné, s’enclenche une procédure de mise à l’abri et d’évaluation exercée au conseil départemental du lieu où le jeune a été repéré. Un premier entretien est réalisé avec le jeune afin de confirmer ou d’infirmer la nécessité d’une mesure de protection immédiate. S’il est décidé de la nécessité de le prendre en charge immédiatement, une procédure dite de « mise à l’abri » est enclenchée et le jeune est hébergé par le conseil départemental ou par une association habilitée pendant une durée maximale de cinq jours. Durant ce délai, un premier bilan socio-éducatif et médical doit être fait afin de déterminer les besoins spécifiques du jeune et vérifier que ce dernier est bien mineur et « isolé » ou « non accompagné » sur le territoire français. La protection et la prise en charge des MNA par les services de l’enfance sont conditionnées à l’établissement de leur minorité. C’est en pratique les départements qui assument l’essentiels des dépenses de cette longue procédure.

• Comment est établit la minorité en cas d'absence de documents d'état civil ? :  La « circulaire Taubira » de 2013, était venue préciser le parcours spécifique d’accès à la protection d’enfance pour ces jeunes en instaurant notamment, un dispositif d’évaluation sociale de la minorité et de l’isolement du jeune. Cette pratique a par la suite été consacrée dans une loi sur la protection de l’enfance en date du 16 mars 2016. Cette loi légalise entre autres le recours aux examens radiologiques, aussi appelés « tests osseux » pour déterminer l’âge. Cette loi indique par ailleurs que « le doute profite à l’intéressé » et qu’il ne peut jamais être procédé à un examen du développement pubertaire comme cela se déroulait dans certains départements en compléments des examens osseux. Un décret du 24 juin 2016 est ensuite venu poser l’exigence d’une « approche pluridisciplinaire » et d’un entretient devant se dérouler « dans une langue comprise » par le jeune. Selon une trame d’évaluation présentée dans l’article 6 de l’arrêté interministériel du 17 novembre 2016, des entretiens sont conduits afin de recueillir les éléments qui seront intégrés dans un rapport de synthèse concluant ou non à la minorité et à l’isolement familial ou à la nécessité d’investigations complémentaires. Pour ceux qui sont déclarés mineurs, la prise en charge n’est que temporaire et a vocation à prendre fin une fois leur majorité atteinte, moment où leur situation se complexifie.

• Des migrants non reconnu comme mineurs par une procédure : Si, à l’issue de l’évaluation sociale, il existe des motifs justifiant de remettre en cause la minorité de l’intéressé, les investigations peuvent se poursuivre sur demande du président du conseil départemental. Lorsque la personne qui s’est présentée en tant que MNA n’est pas reconnue comme telle à l’issue de l’évaluation, elle se voit notifier par le président du conseil départemental une décision formalisée de refus d’admission à l’aide sociale à l’enfance. En 2017, 60% des jeunes migrants souhaitant obtenir le statut de MNA étaient déclarés majeurs et faisaient ainsi l’objet d’une fin de prise en charge.

b) En pratique, une procédure aux nombreuses failles et souvent contestée

• Le « rejet-faciès » : Encore aujourd’hui la minorité est établie (lors de brefs entretiens) de manière arbitraire notamment pendant les périodes d’augmentation de la demande alors que le nombre d’hébergement stagne. Le défenseur des droits indique que les refus sont « plus nombreux en période de particulière affluence ». De nombreuses associations ont montré que la Croix-Rouge (chargée de trier les mineurs pour la ville de Paris) a régulièrement recours à des motifs basés sur des critères physiques ou sur « un mode de communication mature » pour refuser la minorité dans une situation où il y a beaucoup plus de demandeurs que de place.

• Un examen osseux imprécis : Cet examen supposé établir l’âge du demandeur est extrêmement excluant. L’âge est déterminé dans une fourchette de 2 ans, or, comme beaucoup de jeunes ont 16 ou 17 ans, on établit souvent leur âge à celui de la majorité, ils sont alors exclus bien que mineurs.

• L’incohérence départementale : La minorité est établie par le département, elle n’est valable que dans celui-ci, en effet un MNA qui change de département peut voir sa minorité remise en question et perdre son statut, il doit alors recommencer toute la procédure à zéro.

• Des pratiques illégales : alors que la loi impose un « accueil provisoire d’urgence » pour tout individus se déclarant mineur (en attendant de pouvoir établir ou non la minorité), nombre de ces demandeurs sont immédiatement refusés et doivent rester à la rue (à Paris l’ADJIE a recensé 52 cas entre septembre 2016 et janvier 2017) ne pouvant être logés dans des hébergements pour adultes qui ne sont pas habilités à prendre en charge des mineurs.

2- Répartition, prise en charge, hébergement.

• La répartition territoriale des mineurs non accompagnés : Le mécanisme de répartition des mineurs non accompagnés entre les départements est consacré par la loi du 16 mars 2016. Cette clef de répartition est définie par le décret du 24 juin 2016 qui prend en compte plusieurs critères : au critère démographique (la part de la population de moins de 19 ans dans le département) s’ajoute une prise en compte du nombre de mineurs non accompagnés pris en charge à la fin de l’année. Cette évolution législative et réglementaire doit permettre de connaître le nombre de mineurs pris en charge dans l’ensemble des départements. Cette connaissance statistique pourrait aussi contribuer à terme à la mise en place d’une véritable politique nationale dans ce domaine, loin des pratiques encore et toujours très disparates selon les territoires et qui sont souvent contraires aux engagements de la France en faveur des droits de l’enfant.

• Après la répartition, la prise en charge et l’hébergement de droit commun de la protection de l’enfance : Le placement des mineurs non accompagnés doit leur permettre de bénéficier d’une prise en charge et d’un accompagnement socio-éducatif et juridique, jusqu’à leur majorité. Le mineur peut alors être placé dans différents types de structures, ou plus rarement auprès d’une assistante familiale dans une famille d’accueil. Le plus souvent, les établissements proposent un hébergement en foyer ou en appartement. Malheureusement, lorsque l’état des dispositifs de protection de l’enfance ne le permet plus, ces mineurs sont le plus souvent hébergés en foyer de jeunes travailleurs ou même en chambre d’hôtel souvent insalubres comme le dénonce de nombreuses associations. Suite au suicide, en février dernier, de Malik Nurulain, un mineur pakistanais en « grande fragilité psychique », quinze associations ont dénoncé ce drame comme le résultat d’un manque de suivi manifeste de la part de l’ASE qui « a failli à son devoir de protection ».

Pour plus d'information consultez  Des rêves et des papiers de Rosen Le Berre 

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