Azmari

Ecoutez le podcast d'Azmari! "Miriam, de Milan à Paris"

Pour cet épisode du podcast d'Azmari, nous avons donné la parole à Miriam, qui a quitté Milan pour Paris.

Cet épisode est animé par Cécile et Coralie, bénévoles à l'association Azmari.

L’IMMIGRATION DES FEMMES : UN SUJET TROP SOUVENT NÉGLIGÉ

par Hélène Viel et Cécile Kao

Lors de sa création en 2016, l’association Azmari s’est donnée pour mission d’accompagner exclusivement des femmes migrantes. Pourquoi des femmes ? Pourquoi pas des hommes ? Pourquoi pas les deux ? Cette décision a été prise en raison des nombreuses difficultés auxquelles font face les femmes dans leur parcours migratoire, mais aussi en raison d’un constat : celui que les immigrés, contrairement aux idées reçues, sont aujourd’hui majoritairement des femmes ( 51, 8% des personnes arrivées en France en 2018 étaient des femmes) et que l’insertion socio-culturelle dans le pays d’accueil est bien plus complexe pour une femme qu’elle ne l’est pour un homme.

Azmari souhaitait ainsi accueillir exclusivement ces femmes dans leur apprentissage du français et les accompagner dans leur insertion sociale en leur proposant un espace non mixte où toutes - bénévoles et participantes - pourraient échanger, s’écouter et s’épauler.

En cette journée internationale des droits des femmes, il nous semblait intéressant de revenir sur la situation des femmes migrantes, sur leur parcours migratoire, et les raisons de leur migration, ainsi que sur les obstacles et difficultés que ces femmes rencontrent. De plus il nous semblait important de s'appuyer sur plusieurs courants sociologiques afin de comprendre pourquoi il est aujourd’hui urgent de s’intéresser à la migration des femmes.

LA MIGRATION AU FEMININ, ELEMENTS DE DÉFINITION

S’intéresser à la question de la migration, et plus précisément à celle de la migration des femmes présuppose de revenir sur trois termes trop souvent confondus.

Qu’est-ce qu’une femme migrante ? Qu’est-ce qu’une demandeuse d’asile » Qu’est-ce qu’une réfugiée ?

Il n’existe pas de définition internationalement reconnue du terme « migrant.e » et ce terme doit être utilisé avec précaution, car derrière chaque «migrant.e.s », il y a des réalités factuelles mais aussi juridiques bien différentes.

L’Organisation Internationale pour les Migrations ( OIM) indique qu’il s’agit d’un « terme générique non défini dans le droit international qui, reflétant l’usage commun, désigne toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle pour s’établir à titre temporaire ou permanent et pour diverses raisons, soit dans une autre région à l’intérieur d’un même pays, soit dans un autre pays, franchissant ainsi une frontière internationale »

Ce terme englobe ainsi un certain nombre de catégories juridiques de personnes bien déterminées, par exemple les travailleurs migrants, les personnes dont les types de déplacements particuliers sont juridiquement définis ainsi que celles dont le statut et les formes de déplacement ne sont pas expressément définis par le droit international ( comme par exemple les étudiants internationaux).

Toutes les réfugiées et demandeuses d’asile sont migrantes mais toutes les migrantes ne sont pas demandeuses d’asile ou réfugiées.

L’organisation Amnesty International considère que les migrant.e.s sont « des personnes qui vivent hors de leur pays d’origine mais ne sont ni des demandeurs d’asile ni des réfugiés ».

Ainsi, quand bien même ces personnes ne remplissent pas les critères juridiques qui feraient d’elles des réfugiées, elles pourraient s’exposer à des dangers en restant dans leurs pays.

Les termes « demandeuses d’asile » et « réfugiées » font, quant à eux, référence à deux étapes dans la démarche d’une protection internationale.

Selon la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés de l’ONU (dite Convention de Genève), est considérée comme réfugiée toute personne qui « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou des ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité, et qui ne peut se réclamer de la protection de ce pays » ( article 14).

La protection subsidiaire peut être accordée à toute personne qui «  ne remplit  les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié et pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu’elle courrait dans son pays un risque réel de subir l’une des atteintes graves suivantes : peine de mort ou exécution ; torture ou des peines ou traitement inhumains ou dégradants ; pour un civil une menace et individuelle contre sa vie ou sa protection en raison d’une violence qui peut s’étendre à des personnes sans considérations de leur situation personnelle et résultant d’une situation de conflit armé interne ou international ».

Concernant le terme « demandeuse d’asile », il fait référence aux personnes dont la demande d’asile est en cours d’examen avant la réponse des autorités compétentes, soit en France devant l’Office Français de Protection des Réfugiés et des apatrides (OFPRA) et la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) en dernier recours.

Pendant que la demande est examinée, la personne a accès à un certain nombre de droits, tels que l’accès à l’hébergement (par exemple dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile dit «CADA ») et à certaines aides économiques telles que l’allocation pour demandeur d’asile (« ADA »).

 

LA MIGRATION AU CŒUR DES ETUDES DE GENRE OU LA « FEMINISATION DES MIGRATIONS »

Le phénomène migratoire n’est pas inconnu de nos débats politiques, économiques, historiques et sociologiques, mais nos regards sont bien souvent teintés de stéréotypes et de simplifications, trop fréquemment au détriment des femmes migrantes et de leur véritable place dans ces phénomènes migratoires.

C’est pour cela que depuis plusieurs années, des chercheurs et chercheuses se sont penchés sur des dimensions plus hétérogènes dans l’étude du phénomène migratoire.

Cette dynamique de recherche vient des études de genre, un champ de recherche pluridisciplinaire qui vise à étudier les rapports sociaux entre les sexes. Le genre étant analysé comme une construction sociale, les études de genre proposent une démarche de réflexion en répertoriant ce qui définit alors le masculin et le féminin.

Pour la sociologue Nouria Ouali, si l’approche des migrations est supposée être universelle, il s’agit en réalité de ce que les féministes appellent l’«universel masculin » : on ne fait aucune différence entre  les impacts du processus migratoire et des politiques migratoires i dans les trajectoires ente les hommes et les femmes. Selon elle, les femmes n’ont pas été prises en compte dans cette complexité du parcours migratoire, que ce soit dans leur décision de quitter leur pays ou encore dans les effets que les politiques migratoires ont sur elles.

Nouria Ouali a ainsi pu observer que si pendant plusieurs années, les femmes migraient dans le cadre de regroupements familiaux, elles ne travaillent pas forcément une fois arrivées dans leur pays d’accueil, et venaient donc en tant qu’épouses. Pourtant, souligne-elle, on a assisté dans un second temps à une « migration féminine », soit de femmes célibataires, soit de femmes de certaines élites, insatisfaites de leur condition de femmes dans leur pays d’origine, soit de mères de famille. Les femmes ne migraient alors donc plus nécessairement avec leur conjoint, ou pour retrouver ce dernier, mais bien seules.

Par ailleurs, selon une idée reçue, les femmes migreraient aujourd’hui plus souvent qu’autrefois pour travailler.  Or, si les migrations familiales restent majoritaires dans la plupart des pays européens d’immigration, les femmes ont toujours migré pour des raisons économiques.

En effet, pour la sociologue Mirjana Morokasic, cette autonomie est longtemps restée invisible en raison du stéréotype qui ne voyait les femmes que comme dépendantes des hommes. Selon la chercheuse, la reconstruction de la visibilité de ces femmes travailleuses dans l’espace public est en grande partie due à la lutte des «sans-papières » en France dans les années 1990.

Dans son ouvrage « Les damnées de la mer – femmes et frontières en Méditerranée » ( La Découverte, 2020), la chercheuse Camille Schmoll, analyse les migrations féminines et revient sur l’importance de « féminiser le regard des chercheurs » en la matière.

Dans une interview récente au média L’autre Quotidien, elle déclarait ainsi que « l’image de la femme souffre d’un stéréotype ancré, qui remonte au moins à l’Antiquité ». Il s’agit de « l’idée que les femmes sont dans l’immobilité, dans l’attente, dans l’espace du foyer et de la reproduction de la famille », et qu’elles sont donc « dans l’ancrage tandis que les hommes naviguent »

Pour la chercheuse, il s’agit d’une des raisons pour laquelle les migrations féminines  n’ont pas été étudiées pendant très longtemps. En effet, cela paraissait « contre nature d’imaginer les femmes en mouvement » alors même que les femmes se déplacent énormément mais que, « pour des raisons qui ont trait à nos représentations, on ne les voit pas ».

Par ailleurs, Camille Schmoll souligne que ces femmes sont aussi dans « l’auto-invisibilisation » c’est-à-dire que pour des raisons relatives  aux rapports de genre, elles vont avoir tendance à minimiser leurs déplacements, la part d’individualité, d’autonomie et de volonté qu’il y a dans ces trajectoires, une manière selon la chercheuse pour ces femmes d’ « avoir la paix » et de «  se protéger des stigmates qui les accompagnent du début à la fin ».

Enfin elle insiste sur le fait qu’il est essentiel de critiquer la notion de « femme migrante », parce que ces femmes « ont des origines, des histoires et des trajectoires très diverses », et que « le danger de l’essentialisation » va conduire à vouloir considérer qu’il y a « une condition féminine en migration ». En réalité, explique-elle, ces femmes sont très différentes les unes des autres. C’est en cela que la perspective intersectionnelle est importante : « Il faut croiser la question du genre avec d’autres dimensions, telles que le pays d’origine, la question raciale, l’âge, le fait de voyager seule… Il faut insister sur la complexité, les causes et les motivations des migrations ».

 

Un atelier d’expression orale proposé par l’association Azmari, à la Maison des femmes ( 12eme arrondissement de Paris)

DROIT D’ASILE ET PERSECUTIONS VISANT SPÉCIFIQUEMENT LES FEMMES

  • Les mutilations féminines

Les petites filles ou leur famille qui fuient une mutilation féminine peuvent se voir accorder l’asile.

Les mutilations sexuelles féminines désignent toutes les interventions sur les organes sexuels féminins externes qui sont réalisées sans raison médicale. Les deux formes de mutilations les plus fréquentes sont l’excision et l’infibulation. Quelle que soit la forme qu’elles prennent, les mutilations sexuelles féminines constituent une atteinte à l’intégrité physique des femmes et jeunes filles qui en sont victimes.

Aux termes de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (dite Convention d’Istanbul), elles sont une « violation grave des droits humains des femmes et des filles » qui ne sauraient être justifiées par « la culture, la coutume, la religion, la tradition ou le prétendu ‘honneur’».

Lorsque l’OFPRA établit, après instruction individuelle de la demande d’asile, qu’une femme ou une jeune fille est exposée à un risque de mutilation sexuelle féminine dans son pays, elle se voit octroyer le statut de réfugié ou de la protection subsidiaire.

Le parent devra expliquer dans son récit aux fins d’obtenir la demande d’asile pourquoi il existe une crainte que son enfant soit mutilé dans son pays d’origine. Il peut alors s’agir de la région d’origine, de l’ethnie, des pratiques au sein de familles dans le pays d’origines.

De la même manière, une jeune femme qui refuse de subir une mutilation sexuelle peut bénéficier de la protection internationale dès qu’elle s’oppose à cette pratique de l’excision.

En France, certaines femmes décident de bénéficier d’une opération chirurgicale réparatrice de la mutilation génitale subie. En cas de retour au pays, ces dernières seraient exposées à une nouvelle mutilation et c’est pour cela qu’une demande d’asile est envisageable.

  • Les mariages forcés

Concernant les demandes d’asiles liées à une crainte ou persécution en cas de mariage forcé, celles-ci n’aboutissent pas systématiquement. Les personnes requérantes se heurtent à la difficulté de prouver que, d’une part, leur opposition au mariage forcé constitue une transgression des normes sociales dans leur pays d’origine et, d’autre part, que les autorités sur place refusent ou sont incapables de les protéger.

 

  • Les violences au sein des couples

Enfin, la situation des femmes qui ont vécu de très graves violences au sein du couple dans leur pays d’origine peine encore à être considérée comme relevant de l’asile.

Si certaines décisions de justice reconnaissent ce type de violence comme une menace grave ouvrant droit à la protection subsidiaire, ces situations sont bien en réalité souvent liées à d’autres types de violence telles qu’un mariage forcé, un crime d’honneur ou encore des représailles suite à l’opposition ou une transgression à des normes sociales en vigueur.

  • L’orientation sexuelle

Bien que cette persécution concerne également les hommes, il nous semblait important de la mentionner.

La jurisprudence européenne prévoit uniquement la possibilité pour les personnes issues de la communauté LGBT de demander l’asile si l’homosexualité est établie et si le juge parvient à démontrer que « les personnes homosexuelles constituent un groupe social » en appréciant «  la réalité des persécutions au regards des personnes homosexuelles dans leur pays d’origine ». C’est ainsi que des personnes LGBT originaires par exemple du Ghana, d’Haïti, du Cameroun ou encore de Syrie ont pu obtenir l’asile en raison des persécutions notoires dans leurs pays. Mais ce n’est malheureusement pas le cas pour des personnes venant d’autres pays.

 

UNE INTEGRATION DANS LE PAYS D’ACCUEIL PLUS DIFFICILE POUR LES FEMMES

 

  • Manque d’hébergement ou hébergement inadéquat pour les femmes

Tout d’abord, un nombre important de violences subies par les femmes migrantes se produisent lorsqu’elles se retrouvent dans des campements, ou obligées de dormir dans la rue. Toutes n’ont pas connu l’expérience de la rue ou l’hébergement précaire, mais face aux difficultés d’accès à la procédure d’asile et au nombre insuffisant d’hébergements, beaucoup de femmes sont en réalité contraintes de dormir dans la rue ou de trouver des solutions d’hébergements temporaires et inadéquates, surtout lorsqu’elles sont accompagnées de leurs enfants.

  • La question du travail domestique

Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le travail domestique est défini comme « un travail effectué à domicile pour un ou plusieurs ménages ». Un travailleur domestique est une personne qui est rémunérée pour le travail domestique effectué dans le cadre d’une relation de travail. Cela comprend une variété de tâches, impliquant généralement les tâches ménagères et les tâches d’assistance.

Il existe un lien entre le travail domestique et la migration internationale de main-d’œuvre féminine. En effet, la demande croissante des ménages pour des services domestiques est considérée comme l’un des principaux facteurs à l’origine de la féminisation des migrations de main-d’œuvre qui a été enregistrée au cours des dernières décennies.

Les femmes se déplacent, de plus en plus comme travailleuses indépendantes, vers des pays plus développés en quête d’une vie meilleure pour elles et pour leur famille. Arrivées à destination, elles ont tendance à trouver du travail dans des professions traditionnellement considérées comme féminines.

Les travailleurs domestiques migrants apportent des services indispensables aux pays où ils se rendent, contribuant à la prospérité de sociétés vieillissantes et à la pérennité des systèmes d’emploi et de protection sociale de ces pays. Pourtant, comme pour les autres travailleurs migrants, les travailleur.euse.s domestiques vont être confrontés à des vulnérabilités supplémentaires, qui les exposent à des violations de leurs droits humains et de leur droit au travail.

Ils et elles sont particulièrement vulnérables en raison d’un processus de recrutement précaire, d’un isolement physique, mais aussi social et culturel auxquels ils.elles sont confrontés, d’une absence de couverture en matière de droit du travail , de mécanisme de protection,  de droit au repos, congés ou absences pour raisons de maladie, ou encore d’un accès limité ou inexistant aux soins de santé.

Concernant les travailleuses domestiques, elles viennent en Europe pour échapper à la situation économique difficile de leur pays. Par ailleurs, pour celles qui ont des enfants, elles se retrouvent souvent dans l’incapacité d’être avec eux et sont obligées de les laisser dans leur pays d’origine avec des proches.  Elles envoient ensuite régulièrement de l’argent à leur famille et subissent une pression supplémentaire : celle d’aider financièrement leur famille restée loin d’elles.

  • Le risque de subir des violences sexuelles augmente en France pour les femmes migrantes

Une étude de mai 2020 de l’Institut national d’études démographiques (Ined) a établi qu’être une femme migrante augmente les risques d’être victime de violences sexuelles en France et d’y contracter le virus du sida en démontrant « qu’il y a un lien entre insécurité et violences sexuelles ».

En effet, « le fait de changer souvent d’hébergement au cours d’une même année, avec des nuits passées alternativement en hébergement d’urgence, chez des connaissances et/ou dans la rue, est associé à une probabilité plus élevée de subir des violences sexuelles », constate l’étude.

Par ailleurs, « les années où les femmes sont en insécurité administrative ou résidentielle sont aussi des années où elles déclarent plusieurs partenaires sexuels, souligne Julie Pannetier, une des auteurs de cette étude.

« On l’explique par leur situation de pauvreté et la nécessité d’accéder à un logement, à de la nourriture, à des ressources, des papiers… On montre aussi que ces relations transactionnelles sont des relations où les violences sexuelles sont plus élevées. »

  • Manque ou insuffisance de prise en compte des besoins spécifiques pour les femmes, notamment les femmes seules.

De nombreux rapports internationaux et européens prônent une protection des femmes et une prise en compte de leurs besoins spécifiques.

Par exemple, dans son Manuel de protection des femmes et des filles, le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) caractérise la perspective du genre comme  «un axe fondamental pour obtenir une égalité effective entre les femmes et les hommes de lutter contre les causes profondes qui alimentent les violences faites aux femmes »

Dans son rapport sur la situation des femmes réfugiées et demandeuses d’asile dans l’Union européenne, la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen intègre cette perspective et demande que toutes les politiques en matière d’asile et d’immigration prennent « le genre en considération lors de leur conception, de leur mise en œuvre et de leur évaluation ».

Cependant, dans les faits, il existe de grandes difficultés pour évaluer les besoins spécifiques des femmes et leur apporter une réponse adaptée. Et si la loi française prévoit la détection des vulnérabilités des demandeuses d’asile, la réalité est bien différente. Ainsi, dans le questionnaire permettant à l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration ( l’OFII) d’identifier les vulnérabilités au moment de l’enregistrement de la demande d’asile, seules les vulnérabilités visibles telles que le handicaps, l’âge ou la grossesse, sont prises en compte. Ainsi, les femmes seules ne sont pas considérées comme potentiellement plus vulnérables ou exposées à des risques de violence.

  • La re-victimisation pendant la procédure d’asile

La re-victimisation ou « victimisation secondaire » fait référence aux situations où une personne ayant souffert de violences ne reçoit pas de réponses adaptées de la part des personnes ou services censés la protéger, notamment dans le système judiciaire.

Parmi les éléments pouvant favoriser cette re-victimisation, se trouvent la remise en cause de la parole de la personne et le fait qu’elle soit obligée de raconter de façon répétée un évènement traumatique qu’elle a subi ou qu’elle soit confrontée à un système juridique difficile ou incompréhensible pour elle.

Pour les femmes demandeuses d’asile, il peut être particulièrement douloureux de revivre certains souvenirs lorsque leur demande d’asile est liée à une persécution relative à leur genre.

C’est pour cela que la Commission des droits des femmes et de l’égalité des genres du Parlement Européen souligne que « les demandes d’asile relatives à des violences doivent être traitées de façon à protéger les femmes de la victimisation secondaire pendant la procédure d’asile »

Malgré les efforts entrepris au sein de l’OFPRA pour sensibiliser et former les officiers de protection conduisant les entretiens de nombreuses femmes continuent à subir des difficultés relatives à la reproduction des stéréotypes de genre.

Enfin, bon nombre de femmes font face aux difficultés liées au fait de devoir apporter des preuves de la véracité de leur propos ou de rentrer dans des détails difficiles à raconter, devant alors revivre un passé bien trop douloureux.

 

Conclusion :

Toutes ces réalités sont celles que nous constatons au sein du public que nous accompagnons à Azmari : des femmes hautement qualifiées dans leurs pays et obligées de faire le ménage tôt le matin dans des bureaux parisiens ; des mères de familles ayant fui leur pays pour offrir une meilleure vie à leurs enfants, fuyant risque de mutilation sexuelle pour leurs petites filles , mutilations que malheureusement elles-mêmes ont connus ; des femmes victimes de violences conjugales, certaines ayant vécu dans la rue, des femmes seules, divorcées, dont les enfants sont restés dans leur pays d’origine…

Toutes ces situations complexes peuvent et doivent être mises en lumière dans le cadre de la crise sanitaire que nous connaissons. Les mesures prises depuis un an ont en effet eu des répercussions disproportionnées sur ces femmes exilées: l’isolement social, rendant leur processus d’intégration et celui de leurs enfants extrêmement difficiles, se double d’un impact économique particulièrement sévère, et d’une grande vulnérabilité aux violences conjugales et familiales en hausse.

Mais en dépit des difficultés et de ces parcours de vie complexes, ces femmes ont toujours fait preuve de courage, de résilience et d’une volonté indéniable de vouloir s’insérer dans notre société, dans laquelle elles doivent avoir leur place.

 

SOURCES :

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

 

Écoutez le podcast d'Azmari! Fatouma: " Je croyais que la France était un pays parfait pour les femmes "

Nous avons le plaisir de vous partager le 4ème épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences.

          Cet épisode est animé par Cécile et Hélène, bénévoles à Azmari.

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Ecoutez le podcast d'Azmari ! Bushra : " de l'exil de Somalie à la vie de famille à Paris "

Nous avons le plaisir de vous partager le 2ème épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences. Partagez- le autour de vous 🙂 !!

Cet épisode est animé par Hélène, bénévole à Azmari.

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Écoutez le podcast d'Azmari ! Hayat : "De Meknès à Paris"

Nous avons le plaisir de vous partager le 1er épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences. Partagez- le autour de vous 🙂 !!

Cet épisode est animé par Ella, bénévole à Azmari.

Merci à Ella et à Hayat pour cet échange au caractère informel et intimiste.

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CONFINEMENT, UN AUTRE REGARD : TEMOIGNAGE D'UNE APPRENANTE

Pendant deux mois nous étions tous - ou presque - enfermés chez nous et les récits de confinements sont devenus un moyen de s'ouvrir aux autres.  Si cette situation - qui prend fin aujourd'hui - a été inédite pour tous, nous n’étions pas égaux face au confinement. Chez Azmari nous pensons que les récits publiés doivent tenir compte de cette diversité et disons-le : de ces inégalités. Nous avons laissé la parole à une femme apprenante de l'association. Elle raconte comment elle a vécu cette période :
  • Où es-tu en ce moment ? avec qui es-tu confinée ?
J'habite dans un appartement d’une pièce ici, à Paris. Depuis l’arrivée du bébé on est cinq, j’espère qu’on aura un autre appartement bientôt. On est un peu les uns sur les autres. On fait tout dans la même pièce : on dort, on cuisine, du coup c’est humide et on a des problèmes pour respirer. Parfois le plus petit saigne du nez et ça m'arrive à moi aussi.
  • La vie à Paris c’est plus difficile ?
Ça fait deux ans et demi qu’on est en France et deux ans et quatre mois qu’on vit à Paris. Il y a des points négatifs et positifs. Pour les enfants c’est mieux d’être en dehors de Paris, il y a plus d'espace, plus de nature.
Mais Paris c’est la capitale. Quand on attend une réponse [de l’administration] ou quand on a un rendez-vous, tout se passe ici. Pour les gens qui ne vivent pas à Paris c’est plus compliqué. Ils peuvent faire plusieurs heures de train pour venir à un rendez-vous, parfois ils doivent se débrouiller pour dormir sur place. Nous on a accès à tout, pour cela c’est un vrai plus d’habiter à Paris.
  • Avant le confinement comment se passaient tes journées ?
Avant, les enfants allaient à l’école et j’étais à la maison avec le bébé. C’était plus calme, no stress vraiment. Depuis le confinement les garçons sont tout le temps à la maison, c’est plus de travail pour moi.
  • Qu'est-ce qui a changé depuis ?
Je m’occupe des enfants toute la journée, je prends soin d’eux. Le matin, je me lève à six heures et je prépare leur petit-déjeuner. Après, c’est à mon tour de manger. Puis ils jouent un peu. À onze heures je commence à cuisiner pour le déjeuner. Une fois qu’ils ont mangé, on a dix minutes de calme et puis ils regardent un peu la télé. Certains jours il y à la lessive ou le ménage. La routine quoi.
Vers vingt heures, quand ils vont au lit, ça devient plus relax et il arrive que je m’endorme moi aussi à ce moment-là.
  • Et tu as un peu de temps pour toi ?
 J’aime bien marcher et d’habitude je peux me promener ou aller aux cours de français. En ce moment, à force d’être à la maison sans pouvoir sortir, parfois ça me rend plus irritable. Quand ça arrive, je me dis “ok tu as les enfants, mets ce stress de côté”. C’est important de rester calme avec les enfants. Stresser tout le temps, ce n’est pas bon pour ma santé, ni pour celle des petits. Alors j’oublie toutes les choses négatives et je me force à ne garder que les points positifs. Prendre soin d’eux c’est le plus important.
Mon mari est là et il m’aide mais il est plus stressé que moi. Il n'arrive pas à rester une heure avec les enfants. Les papas c’est cool pour faire une promenade, pour aller les chercher à l’école. Mais entre les mères et les pères ce n’est pas les mêmes règles pour les petits.
Un jour par exemple, ils ont commencé à faire un jeu avec leur père mais au bout de 30 minutes, ils se disputaient : “PAPA TU DOIS FAIRE CA, NON TU DOIS PAS FAIRE CA”. Avec moi, ça ne se passe pas comme ça : les règles, c’est les miennes. Je suis plus forte, ils m’écoutent et c’est plus calme quand c’est moi qui m’en occupe.
  • Il y a des points positifs au confinement ?
 Pour moi, aucun. Il n’y a rien de positif. Je ne travaillais pas avant, peut-être que pour les gens qui travaillaient dehors c’est positif de rester à la maison ?
Moi j'étais déjà à la maison et j’y suis encore maintenant mais avec les enfants en permanence. Toute cette situation c’est que du négatif. En plus à cinq dans une pièce, on finit par se taper sur les nerfs.
  • Qu'est ce qui te manque le plus ?
 Mes amies me manquent. Surtout mes amies d’Azmari, j’allais à l’association une à deux fois par semaine pour les cours de français. Maintenant ce n’est plus possible.
Et le marché d’Aligre est fermé. Les fruits et légumes c’est important pour nous, au marché ils sont moins chers. J’avais l’habitude d’y aller pour faire les courses, maintenant on doit aller ailleurs. Le marché, ça me manque vraiment.
Et puis, on attend toujours la réponse de la CNDA [Cour nationale du droit d'asile]… on devait recevoir une lettre le 27 mars mais à cause du Coronavirus, on n’a aucune nouvelle. J’espère vraiment qu’on aura la réponse bientôt. Ça m’inquiète beaucoup.
Cette interview a été réalisée il y deux semaines, lors d'une distribution de courses par l'une des bénévoles d'Azmari qui habite près de l'apprenante interviewée.

FOCUS : Le changement climatique, première cause de migration

"On parle parfois de changement climatique comme s'il ne concernait que la planète et non ceux qui l'habitent" déplorait Ban Ki-Moon en 2008 alors qu'il occupait la fonction de secrétaire général des Nations-Unis. En effet, ce phénomène impacte les hommes de différentes façons, l'une d'entre elles est la contrainte à l'exil. Aujourd'hui, on estime à environ 25 millions le nombre de déplacés climatique chaque année. Le changement climatique est désormais la première cause de migration avant les conflits et les guerres. Ce n'est pas une nouveauté mais comme l’explique l'expert climat de l'ONG CARE France, Marie Leroy, à France culture, "le risque pour les humains d'être contraints du fait du changement climatique est 60 fois plus grand aujourd'hui qu'il y a 40 ans". Les perspectives d'avenir sont aussi inquiétantes : selon le GIEC, à situation inchangée, la température augmentera de 4 degrés avant la fin du XXIe siècle, or, on sait désormais qu'une augmentation de seulement 2 degrés aura des conséquences catastrophiques.

LES CAUSES CLIMATIQUES DE L'EXIL

Les conséquences du réchauffement climatique qui poussent les hommes à fuir sont nombreuses et diverses :

  • Les catastrophes naturelles : La conséquence la plus flagrante du réchauffement climatique pour le grand public est en effet le risque accru de catastrophes naturelles (elles ont toujours existé mais les scientifiques prévoient désormais une fréquence accrue : dans l’avenir, jusqu’à 6 catastrophes pourraient se produire simultanément). C'est avec l'ouragan Katrina que l'on a découvert que les catastrophes engendraient des flux migratoires. Avant on pensait qu'il s’agissait de déplacements temporaires. Après Katrina : "un peut moins de 50% de la population de La Nouvelle-Orléans n’est jamais revenue dans la ville", signale un rapport de l'Observatoire des enjeux géopolitiques de la démographie. Cette carte illustre le nombre de déplacements causés par des catastrophes naturelles entre 2008 et 2013 :

  • La hausse de niveau des mers et des océans : 20% de la population mondiale vit sur des zones côtières menacées par la montée du niveau des mers et des océans ainsi que par les inondations engendrées par le réchauffement climatique. Récemment, des scientifiques ont alerté sur le possible décrochage de deux glaciers. Si ce risque n’est pas endigué "ces deux glaciers qui sont le point faible de l’Antarctique de l’ouest pourraient entraîner dans leur retrait une grande partie de la calotte avec pour conséquence une élévation du niveau de la mer de l’ordre de 3 mètres", explique le glaciologue Gaël Durand dans une interview accordée à 20 minutes. Le scientifique confirme que la communauté scientifique soupçonne fortement que le réchauffement climatique soit la cause de ce décrochage. La montée des eaux, c’est l’un des fléaux qui touche le Bangladesh. Dans ce reportage du Monde, un homme d'un village côtier, explique qu'avec la montée des eaux, au moins 20% des habitants de son village ont "décidé" de s'en aller :

  • La raréfaction des ressources et la désertification : Le stress hydrique (quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles) et la désertification affectent les rendements agricoles et causent de migrations."Le phénomène est particulièrement marqué en Afrique subsaharienne, qui connaît un exode rural important, et devrait s’amplifier dans les années à venir. C’est notamment le cas pour les populations pastoralistes en Somalie. D’ici 2030, les migrations en provenance de la bande sahélienne vers l’Europe et le Maghreb devraient s’amplifier", précise l'Observatoire des Enjeux Géopolitiques de la Démographie. En effet, fin 2017, le directeur régional du Conseil norvégien en charge des réfugiés (NRC) déclarait à propos de la sècheresse en Somalie : « Nous sommes préoccupés par le niveau inquiétant de la crise. En moyenne, on estime à 3500 environ, le nombre de personnes qui ont fui leurs maisons chaque jour au cours de cette année, à la recherche d’eau et de nourriture pour survivre ».

 

  • Les conflits et les guerres (des conséquences du changement climatique à relativiser) : Nombreux sont ceux qui analysent désormais le réchauffement climatique comme facteur d’instabilité politique et de conflits. Par exemple, un rapport du Programme des Nations Unies pour l'environnement met en évidence 18 conflits violents résultants des effets des changements climatiques entre 1990 et 2009. Cependant, les auteurs d'une tribune publiée dans le quotidien Reporterre en juillet 2017 relativisent la corrélation : "Surévaluer l’importance des facteurs environnementaux dans le déclenchement d’un conflit, c’est faire l’impasse sur la myriade d’autre facteurs historiques, politiques, sociaux et économiques concernés qui engagent directement la responsabilité des gouvernements. (...) Alors que les déclarations de Bachar El Assad tentent de dédouaner le régime syrien en présentant la sécheresse qui a frappé la Syrie comme une manifestation directe du changement climatique, celle-ci est d’abord le résultat de décennies de gestion calamiteuse des ressources hydriques et d’irrigation intensive. En outre, la suppression des subventions publiques en 2008-2009 dans le secteur agricole a encore davantage paupérisé les paysans, alors contraints à quitter leurs terres pour rejoindre les villes du pays, déjà saturées par l’arrivée massive de réfugiés irakiens."

Les conséquences du changement climatique sont multiples et peuvent difficilement être isolées les unes des autres, ainsi le manque de ressources en eau peut être facteur de conflits, et les catastrophes naturelles ont des conséquences économiques majeures...

CARACTÉRISTIQUES DES MIGRATIONS CLIMATIQUES

Un type de migration (principalement interne) qui va croître dans les prochaines décennies : Les perspectives d'avenir ne laissent guerre de doutes sur la croissance de ce phénomène. Même si nous réussissons collectivement à agir positivement sur la planète pour tenter d'endiguer le réchauffement climatique, ce type de migration risque tout de même d'augmenter. Mais le nombre de personnes contraintes à l'exil à cause des conséquences du changement climatique sera encore plus grand si la communauté internationale n'agit sur le climat. Un rapport de la Banque mondiale publié en 2018 est plutôt explicite lorsqu'il s'agit des zones les plus vulnérables : "D’ici 2050, si rien n’est fait, il y aura 143 millions de migrants climatiques internes dans ces trois régions : Afrique subsaharienne (86 millions), Asie du sud (40 millions) et Amérique Latine (17 millions)". Il est en effet important de préciser à cette étape de l'article que les migrations se font d’abord de manière interne aux pays et aux régions (souvent des zones rurales vers les villes mais à long terme cela peut provoquer une surpopulation dans les villes et donc un chômage de masse qui pousse à des migrations internationales).

 

Tous vulnérables : Considérer que le risque ne porte que sur des populations asiatiques, d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine est une erreur commune, nous sommes tous concernés mais à des degrés différents. À l'heure actuelle, l'est de l'Australie subit une sécheresse record qui décime les troupeaux et empêche les récoltes depuis plusieurs années. Dans un reportage publié dans le premier numéro de mars 2019 du magazine TIME, une fermière australienne explique qu'elle et son époux se sont donnés encore une année avant de partir, une année à attendre la pluie. Un autre exemple récent et bien plus proche nous montre bien que nous sommes tous vulnérables : En 2018, les inondations dans l'Aude (France) on fait 14 morts. Dans des propos rapportés par Marianne, Françoise Vimeux (de l'Institut de Recherche pour le Développement) explique que "dans le sud (de la France), la sécheresse qui va s'installer, et ses températures très élevées, vont amplifier l'apparition de crues éclairs meurtrières… (...) Le relief et la météorologie de ces territoires en font une zone propice aux évènements de pluie extrêmes. (...) Mais le réchauffement climatique va venir amplifier cette base, cette propension naturelle à récupérer des pluies.". Certaines personnes déménagent déjà des zones inondables et si par une action sur le climat et des infrastructures adaptées les gouvernements n'agissent pas, de nombreuses personnes risquent de devoir migrer ailleurs en France.

L’ATTITUDE DE L’EUROPE ET DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

« réfugiés climatiques », « réfugiés environnementaux », des notions quasiment absentes du droit international : Le statut de "réfugié" est établi en 1951 par la Convention de Genève et ne comprend pas les migrations climatiques. Un réfugié est celui qui craint d'être persécuté s'il retourne dans son pays "du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques". On constate l’absence de mention du climat parmi les causes de persécutions. Cela s’explique en partie par le fait qu'il s'agit davantage de migrations internes et que pour certains, le terme de "persécution" est impropre pour parler du climat. Aujourd'hui en Europe, seule la Suède reconnaît le statut de réfugié environnemental (depuis 2005).

 

Prise de conscience tardive et manque d'actions de la communauté internationale :

      • 1985 : Première apparition du terme de « réfugiés environnemental » dans un rapport du programme des Nations unies pour l’environnement.
      • 2009 : La COP15 en fait pour la première fois une question au niveau politique.
      • Depuis 2009 : De nombreux pays africains ont ratifié la Convention de Kampala sur l’assistance des déplacés environnementaux à l’intérieur du continent africain.
      • 2015 : L’accord de Paris crée un groupe de travail sur la question dont les conclusions ont été transposées dans l’accord de Katowice.
      • 2018 : Le pacte migratoire de Marrakech mentionne (pour la première fois) le changement climatique parmi les causes de départs forcés. Pour autant ce pacte n’impose aucune contrainte aux états sur ce sujet.

(suite…)

FOCUS : Le calvaire des personnes migrantes en Libye

Chaque année des dizaines de milliers de migrants venus d’Afrique subsaharienne et de Syrie traversent les frontières libyennes. Depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011, le pays n’a pas retrouvé de stabilité et demeure le théâtre de violent conflit entre différentes forces armées. Les personnes migrantes, quant à elles, sont devenues les proies des milices locales. La plupart d’entre elles tentent d’échapper à la misère des camps et aux mauvais traitements en embarquant sur des bateaux de fortune vers l’Europe. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrants (OIM), un organisme dépendant des Nations Unies, 690 351 migrants se trouvaient en Libye en avril 2018 auquel il faut ajouté 179 400 déplacés internes. La Libye est à l’heure actuelle le pays principal de destination ou de transit des personnes migrantes qui cherchent à atteindre l’Europe.

 

De l’indépendance à la chute de Kadhafi

Indépendante depuis 1951, la Libye contrairement à d’autres États africains ne s’est pas défait du pouvoir occidental par une guerre d’indépendance mais par une succession de traités et de résolutions internationales (c’est une résolution de l’ONU en 1949 qui permet à la Libye de se doter d’une constitution en 1951). Désormais indépendant, ce vaste pays du nord de l’Afrique est peuplé d’une multitude de tribus et manque alors d’unité nationale. L’ONU (qui a facilité la mise en place d’une monarchie constitutionnelle) et les puissances occidentales y maintiennent leurs bases militaires. Le royaume libyen, à l’époque l’un des pays les plus pauvres du monde, laisse les compagnies pétrolières étrangères exploiter une grande partie des ressources du pays. Progressivement, la découverte des gisements pétroliers augmente la richesse du pays mais aussi les tensions entre les tribus et envers le régime. En 1969, un groupe de militaires dont fait partie le jeune officier Mouammar Kadhafi renverse le gouvernement et prend le pouvoir.

Pendant quatre décennies, Kadhafi dirige la Libye d’une main de fer, son régime étant caractérisé par une répression brutale de ses opposants. Se présentant comme l’héritier de Nasser, il supporte une ligne politique anti-impérialiste et refuse pendant longtemps de traiter avec les puissances occidentales. Dès les années 1990, le régime libyen commence à sortir de son isolement diplomatique. Le pays ouvre progressivement ses marchés aux entreprises internationales et se rapproche peu à peu de l’Europe. Le pays devient au même moment une terre d’immigration, notamment des travailleurs venant d’Afrique subsaharienne, du Nigeria et du Sénégal. Dans les années 2000, le régime libyen commence à conclure des accords avec les puissances européennes pour limiter le départ des personnes migrantes depuis les côtes libyennes. En 2009, notamment, Berlusconi promit d’investir 5 milliards en Libye en vingt-cinq ans en échange d’un contrôle des navires de migrants en partance vers l’Italie.

Avec la chute du régime de Kadhafi en octobre 2011, la situation des migrants, déjà précaire à l’époque, s’est considérablement détériorée. En effet, depuis l’éclatement de l’État libyen, le pays plongé dans un chaos politique est le théâtre d’affrontements sanglants, ceux d’une lutte de différentes forces politiques, y compris islamistes.

 

Esclavage et violences sexuelles

Les violations des droits humains en Libye sont de notoriété publique. En 2012 déjà, Amnesty dénonçait des cas d’enlèvements, de tortures et d’exécutions. En l’absence de cadre juridique et humanitaire, les personnes migrantes pour la plupart en provenance de la corne de l’Afrique, d’Afrique de l’Ouest et de la Syrie, se retrouvent dans des camps où ils sont détenus dans des conditions inhumaines. De plus, ils subissent le risque d’être réduit à l’esclavage par des réseaux de trafiquants. En effet, le 11 avril 2017, l’OIM a publié un rapport dénonçant la vente de personnes migrantes pour travail forcé ou exploitation sexuelle. En novembre 2017, des journalistes de CNN ont filmé en caméra cachée la vente d’êtres humains en territoire libyen. Selon les informations rapportées, ce type de « marché aux esclaves » a apparemment lieu tous les 1 à 2 mois. Les personnes vendues comme esclaves sont ensuite utilisées comme mains d’œuvre dans les secteurs de la construction ou de l’agriculture. Par ailleurs, les migrants sont aussi les victimes de violences sexuelles. "Libye, anatomie d'un crime", un documentaire de Cécile Allegra sorti en octobre 2018 met à jour les violences sexuelles subies. Le viol est devenu une arme de guerre pour les milices libyennes.

La situation des migrants en Libye est telle que l’OIM a mis en place un programme de rapatriement vers les pays d’origine des migrants. Néanmoins, bien que l’OIM ait déjà permis à plus de 10 000 personnes de retourner dans leur pays d’origine, cette option n’est pas une solution pour ceux qui fuient les persécutions ou la guerre dans leur propre pays. Ainsi les conditions dramatiques et les mauvais traitements, sont tant de facteurs qui poussent des individus à s’enfuir sur des bateaux vers l’Europe, et ce, au péril de leur vie.

 

La Libye, nouveau garde-côte de l’Europe

Avec la chute du régime de Kadhafi lors du « printemps arabe » en 2011, l’Europe s’est vu privée du « barrage" libyen qui limitait le flux migratoire passant par la Méditerranée. Il faut rappeler que la cour européenne des droits de l’homme stipule que toute personne qui pose le pied sur les côtes européennes peut exercer son droit fondamental de demander l’asile. Dans le but de freiner l’arrivée des migrants sur son sol, l’Europe a depuis 2017 mis en place un programme de financement pour la Libye qui prévoit notamment le renforcement de ses frontières et le développement de sa police maritime.

Plutôt que d’investir dans des structures d’accueil, les politiques européennes préfèrent faire en sorte que les migrants en Méditerranée soient ramenés sur les côtes libyennes, un territoire où leurs droits ne seront pas respectés. C’est dans cette logique que les zones de contrôle maritimes ont été redéfinies en Méditerranée fin 2018.

Au-delà des eaux territoriales de chaque pays, la Méditerranée est découpée en zones SAR (Search and Rescue). Chacune de ces zones est attribuée à un pays du bassin méditerranéen alors responsable de répondre aux signaux de détresse et appels des navires humanitaires. L’Italie était jusqu’à récemment le pays en charge de la SAR qui se trouve au-delà des eaux territoriales libyennes larges de 19 kilomètres. Depuis l’été 2018, la nouvelle zone maritime sous contrôle des gardes-côtes libyens a été étendue à presque 200 km au-delà des côtes libyennes, reprenant ainsi la main aux italiens.

Cette redéfinition des zones maritimes a été rendue possible avec le soutien de l’Union européenne qui selon Mediapart, en 2017, a aidé la Libye à hauteur de 8 millions d’euros au développement de ses gardes-côtes. Le soutien financier de l’Europe et la nouvelle zone SAR attribuée à la Libye ont permis de faire baisser drastiquement le nombre de personnes migrantes entrées en Europe par la mer méditerranée.

Néanmoins, les gardes-côtes libyens, véritables contrôleurs de frontières pour l’Union européenne, ne répondent pas systématiquement aux appels de détresse et, ignorant les droits de l’homme, n’hésitent pas à emprisonner les rescapés. Le chercheur italien Matteo Villa estime qu’en septembre 2018 sur les 1072 migrants partis en mer depuis la Libye, 713 aurait été interceptés, 125 seraient arrivés en Europe et 234 auraient disparu, un taux record de mortalité de 21%.

Dans son rapport du 12 décembre 2018, Amnesty International accuse les gouvernements européens de soutenir « un système sophistiqué d’abus et d’exploitation des réfugiés et des migrants » et explique de le soutien financier apporté à la Libye rend l’Union européenne « complice de la torture et des abus endurés » par les personnes migrantes en Libye. Amnesty n’est pas le seul organisme à dénoncer l’attitude européenne puisque le 31 janvier 2019, c’est Oxfam et 53 autres ONG qui dénoncent la complicité européenne dans une lettre ouverte adressée au gouvernement.

L'Albanie : rongée par la précarité, la corruption et l'inefficacité du système judiciaire

Dans cet ancien pays satellite de l'URSS rares sont ceux qui restent. La principale raison des départs ? La pauvreté et le chômage qui, associés à un climat politique délétère, à la corruption et à l'insécurité ambiante, poussent les habitants à chercher un meilleur avenir dans d'autres pays d'Europe. Aujourd'hui, on estime à 2 millions le nombre d'Albanais à vivre en dehors des frontières, quand le pays compte 3 millions d'habitants. Si nombre d'émigrés se tournent vers l'Italie et la Grèce, une part importante d'entre eux rallie la France : en 2017, L'Albanie était le premier pays d'origine des demandeurs d'asile, avec 7630 demandes répertoriées dans l'Hexagone. Le nombre de demandeurs d'asile albanais en France aurait toutefois chuté de 34% en janvier 2018. Ce phénomène de migration albanaise n'en demeure pas moins surprenant dans la mesure où l'Albanie est répertoriée comme « pays sûr » par le conseil d’administration de l’OFPRA. Seulement, la dureté de la vie quotidienne vient bousculer ce classement.

 

HISTOIRE DE L'ALBANIE

 

La quête de l'indépendance et les guerres mondiales :  Annexée par l'empire Ottoman depuis le XVIe siècle, c'est en 1908 qu'apparaissent les prémices d'un État indépendant. À ce moment, les Albanais, qui souhaitent devenir autonomes, soutiennent les Jeunes-Turcs, mouvement nationaliste révolutionnaire, mais leur requête n'aboutit pas. Il faut attendre 1912 pour voir Ismaël Kemal proclamer l'indépendance du pays. La naissance du nouvel Etat est perturbée par le déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Après celle-ci, son territoire est réduit. En 1925 est instauré un régime répressif qui gagne en puissance grâce à la signature du pacte de Tirana avec Mussolini.

 

La dictature d'Enver Hoxha : Dès 1941, la résistance face à l'armée italienne réunit les groupes communistes du pays autour d'un homme : Enver Hoxha. Sa victoire face à la Wehrmacht, qui a envahi l'Albanie en 1944, lui confère le statut de héros national. Il prend la tête de la République populaire, créée à l'initiative du parti communiste, et nationalise l'industrie et le commerce. Les terres sont collectivisées, les opposants aux régimes éliminés. En 1949, le ralliement du pays à l'URSS lui permet de bénéficier d'une aide économique considérable. En 1961, Hoxha tourne le dos aux soviétiques, plongeant son pays dans une autarcie dont les habitants sont les premiers à souffrir. Les années 1970 voient les mesures anti-occidentales se multiplier. La police secrète fait régner la terreur sur le territoire. Il laisse sa place en 1982 à Ramiz Alia, qui tente de maintenir le pays à flot dans un contexte de fin de Guerre Froide.

 

Une démocratie fragile : Après la chute du Mur de Berlin, des manifestions étudiantes et des émeutes poussent Alia à créer un gouvernement de transition, dont le socialiste Fatos Nano prend la tête. Cette nouvelle donne permet la restauration d'une presse indépendante, du multipartisme et des lieux de culte. Dans les années qui suivent, malgré les réformes visant à moderniser le pays et stimuler l'économie, la crise persiste. Les dérives autoritaires du nouveau président, Sali Berisha, rendent instable le système politique albanais ce qui donne naissance à une insurrection en 1997 qui conduit à l'implosion du pouvoir en place. Il faudra l'intervention des forces internationales pour restaurer un régime pérenne en Albanie, même si la vie politique reste en proie aux oppositions des deux principaux partis (socialiste et démocrate). Les gouvernements se succèdent. L'instabilité qui en résulte nuit aux bonnes relations entre l'Albanie et l'Union Européenne, qui conditionne son intégration à la réussite de l'élection présidentielle. C'est à la fin des années 2000 que l'Albanie réussit à se faire une place sur la scène internationale. En 2009, elle rejoint officiellement l'OTAN et dépose dans la foulée sa demande d'adhésion à l'Union Européenne.

 

Depuis, les crises politiques se succèdent. Les élections législatives de 2009 donnent lieu à des émeutes et viennent étouffer la bipolarisation de la vie politique albanaise. Le gouvernement a enclenché un nouveau processus de modernisation du pays visant à favoriser son adhésion à l'UE.

 

LES CAUSES DE L'EXIL

L'un des États les plus pauvres d'Europe : Pays le moins développé de l'Europe, l'Albanie est également l'un des plus pauvres. A la fin de l'an 2000, le revenu annuel par habitant était estimé à 800$ par an. Si l'industrialisation du pays, entérinée sous l'ère communiste, a donné une impulsion économique à l’État, l'introduction de l'économie de marché, dans les années 1990, a conduit à un chômage massif. L'agriculture représente une part importante de l'activité des habitants. Un climat économique qui laisse peu de place aux nouvelles générations créatives et diplômées qui, en s'établissant ailleurs, cherchent aussi à améliorer le niveau de vie de leurs familles ; les transferts d'argent de la diaspora représentent aujourd'hui une part non négligeable de l'économie albanaise. La pauvreté, l'absence de travail et les conditions de vie difficiles poussent de nombreux Albanais à fuir. Entre 2011 et 2017, près de 330 000 Albanais ont quitté le pays, ce qui équivaut à 12% de la population. Dans le pays, le taux de chômage des jeunes frôle les 33%. En l'espace de 25 ans, la moyenne d'âge du pays est passée de 28 à 37 ans, alors que le taux de natalité est le plus élevé d'Europe.

 

La pratique de la vendetta : La vendetta (ou vengeance du sang) se base sur le «Kanun», le code de droit coutumier albanais établit au XVème siècle et réactualisé au XXème. Un rapport de l'OSAR (organisation suisse d'aide aux réfugiés) datant de 2016 explique qu'il s'agit traditionnellement "pour la «famille victime» de venger le sang versé suite à un meurtre et rétablir l’honneur de sa propre famille par l’assassinat d’un membre de la «famille auteure»". Sous Hoxha, cette pratique était devenue moins courante mais le déclin communiste dans les années 1990 a permis son retour. Même s'il semblerait que ces dernières années ces crimes soient moins nombreux, la loi du Talion s'applique encore en Albanie et va jusqu'à viser les enfants. L'association suisse précise qu'en 2014, des organisations non gouvernementales avaient estimé à 1500 le nombre d'hommes qui auraient été contraints de vivre en isolement dans toute l’Albanie en raison de vendettas cette année-là. Malgré l'intensification des efforts du gouvernement pour mettre fin à cette pratique, ceux-ci semblent insuffisants dans un pays où règne la corruption.

 

La corruption du système judiciaire : Par peur des représailles ou du fait de leur propre implication, les magistrats et la police restent bien silencieux face à la pratique de la vendetta comme face à de nombreux crimes. Dans le système judiciaire, les pots-de-vin sont souvent échangés contre des décisions judiciaires favorables. Bien que la Constitution prévoie un pouvoir judiciaire indépendant, dans la pratique, les tribunaux font l'objet de pressions et d'intimidations politiques. La corruption et l'impunité sont également des problèmes endémiques au sein des instances policières. L'Union Européenne a bien conscience de l’ampleur de la corruption, c'est pour cela que l'adhésion de l'Albanie à l'UE dépendra de deux critères : la preuve d'une progression dans lutte contre la criminalité et la corruption alliée à un meilleur fonctionnement de l'appareil judiciaire. Cette demande conduit à une répression dure, sans pour autant parvenir à endiguer le clientélisme.

 

La situation des albanaises, entre traditions et violences : L'étiquette de « pays sûr » ne comprend pas nécessairement les violences faites aux femmes. En mars 2010, la violence conjugale y était toujours considérée comme une affaire relevant de la sphère privée par la police et une femme sur trois était victime de violences de la part de son mari, de son compagnon ou d’autres membres de sa famille (selon Amnesty International). Les réponses du système judiciaires et les mesures de protection sont encore insuffisantes selon de nombreuses associations. Ce qui pèse sur de nombreuses femmes c'est le poids des traditions patriarcales dans lesquelles l'"honneur" fait loi : Un rapport de l'Ofpra datant de 2013 explique que "contraintes de cacher leur grossesse (hors mariage), nombre de jeunes femmes avortent, dans la plus grande discrétion, à l’hôpital ou de façon clandestine. La famille, dont la réputation est entachée, peut tenter d’arranger un mariage avec le père de l’enfant voire même avec un autre homme." Monika Kocaqi, directrice de l’association de défense des droits des femmes Refleksione précise que dans certaines régions rurales, pour une femme victime de viol : "le chef de famille peut décider de ne rien dire et marier de force la jeune femme à son violeur, ou à un autre homme qui l’acceptera, pour rétablir l’honneur". Ce type de cas est surtout vrai dans les zones rurales, dans les grandes villes le poids des traditions est moins fort, la liberté plus grande.

 

La question des minorités : L’Albanie est un pays composite où l'on trouve diverses minorités souvent défavorisées socialement et économiquement. C'est entre autres le cas pour les roms, comme le signale le rapport 2018 d'Amnesty International consacré à l'Albanie même si des mesures ont été prises : "la plupart des Roms ne disposaient pas d’un accès suffisant à l’eau potable et beaucoup restaient exposés à des expulsions forcées". La discrimination touche également les homosexuels, le même rapport signale "que deux ONG ont déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pour demander que le Code de la famille, qui prive les couples de même sexe des droits liés au concubinage, soit modifié" et qu'une "enquête menée en août a révélé des discriminations généralisées dans le domaine de l’emploi, tant dans le secteur public que dans le secteur privé".

 

L'ARRIVÉE EN EUROPE

 

L'Italie, première destination des émigrés Albanais : L'Italie a longtemps constitué la première destination des Albanais. Ils seraient 1 million à vivre dans ce pays. En 1991, le régime communiste et la crise économique avaient poussé 27 000 d'entre eux à fuir vers d'autres horizons. Une grosse partie des émigrés Albanais s'est également installée en Grèce à la même époque, mais la crise qui a frappé le pays en 2008 en a poussé beaucoup à rejoindre leur pays d'origine.

 

Le durcissement de la politique d'asile en France et en Allemagne : Dès 2015, l'Allemagne, qui est le troisième pays de destination des Albanais après la Grèce et l'Italie, durcit sa politique d'accueil des émigrés en prenant de nouvelles mesures, dont celle de déclarer comme « sûrs » trois Etats des Balkans : le Kosovo, l’Albanie et le Monténégro. 40% des demandeurs d'asiles viennent de ces pays, mais seul 1% parvient à obtenir le statut de réfugié. En faisant voter un ensemble de décisions à l'Assemblée générale des Nations unies, Angela Merkel souhaite pouvoir renvoyer plus rapidement chez eux les migrants déboutés issus de « pays sûrs » pour se consacrer à ceux qui arrivent de zones de conflit. Quand l'Allemagne a mis en place un processus de rapatriement, les Albanais se sont tournés vers la France. Celle-ci a aussi attribué le label « pays sûr » à l'Albanie : ce statut l'autorise à débouter les demandes d'asile des migrants qui en arrivent, mais elle est tenue de traiter tous les dossiers en tant que pays signataire de la Convention de Genève. Aujourd'hui, 75% des demandes d'asiles d'Albanais en Europe sont déposés en France. Entre 2016 et 2017, les chances d'obtenir le statut de réfugié sont passées pour eux de 18% à 10%. Face à ce phénomène, le ministère de l'Intérieur a mis en place plusieurs mesures pour dissuader les Albanais de venir chercher l'asile dans l'Hexagone, et établi un plan d'action en partenariat avec Tirana (capitale albanaise). Parmi ces mesures, le renforcement des contrôles au départ, une mise en avant des conditions des retours, la lutte contre l'émigration des mineurs isolés ou encore une répression plus importante vis-à-vis des réseaux d'immigration.

Le cas des « retours volontaires » : Dans le cadre de cet ensemble de mesures visant à réduire l'émigration albanaise en France, le gouvernement a fait la promotion de la politique de retour, dont ont bénéficié 1500 demandeurs d'asile Albanais en 2017. Pour nombre d'entre eux, venus trouver en France du travail ou un meilleur système de santé, ce retour a le goût amer de l'échec et d'un retour à la case départ, quand ils croyaient à une nouvelle vie ailleurs. La loi prévoit, pour les ressortissants des pays qui ne dépendent pas de l'Union Européenne et ne sont pas soumis aux visas, 300€ par personne, enfant compris, pour un retour volontaire. Les prochains pays concernés par cette politique de retour ? l'Arménie et le Kosovo.

L'Éthiopie : quand la répression politique et les mariages forcés poussent à l’exil

L’Éthiopie est l’état le plus peuplé de la Corne de l’Afrique, avec un peu plus de dix millions d’habitants. Il est aussi un des pays les plus pauvres de la planète. Avec un Indice de Développement Humain d’à peine 0,463, l’Éthiopie figure au 182ème rang sur 187 pays représentés en 2017. Il s’agit d’un pays en grande difficulté économique, cette crise est principalement causée par des facteurs politiques (problématiques religieuses et régionales) et environnementaux. Le gouvernement éthiopien a violé à de nombreuses reprises les droits fondamentaux, notamment quant au traitement des opposants politiques et des minorités religieuses. A ces troubles politiques s’ajoutent des crises économiques récurrentes et des déplacements de population causés par le changement climatique.

La nomination d’un nouveau chef du gouvernement Abiy Ahmed, par l’assemblée au mois d’avril permettra peut-être l’ouverture d’une nouvelle voie.

 

HISTOIRE DE L’ÉTHIOPIE

 

Jamais colonisée, l’Éthiopie fait figure d’exception parmi les pays de la corne de l’Afrique. Sa situation géographique en fait très tôt le centre des échanges culturels et économiques entre l’espace méditerranéen, la mer Rouge et le continent africain. Vers 330, le royaume choisit le christianisme comme religion officielle. La population chrétienne représente encore une majorité de la population, 60% contre 34% de musulmans. La présence de l’islam sur ce territoire remonte aux premiers temps de l’hégire. Cette division religieuse du pays demeure et a été la cause de violence gouvernementale, vis-à-vis de la minorité musulmane.

 

 Les rapports complexes avec les puissances européennes : La période du XIXème et du début du XXème siècle dans l’histoire éthiopienne est marquée par l’ambiguïté des rapports avec les puissances européennes, en particulier suite à l’ouverture du Canal de Suez. Les rapports avec l’Italie sont particulièrement complexes et se cristallisent à travers plusieurs conflits. La première constitution du pays est proclamée en 1931. Les relations avec l’Italie, alors fasciste, s’aggravent jusqu’à provoquer une seconde guerre italo-éthiopienne en 1935. Cette guerre se solde par une défaite éthiopienne, cela entraine une occupation partielle du pays par l’Italie mussolinienne. Le pays est libéré en 1941. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le pays enclenche une dynamique de reconstruction. Dans le contexte naissant de la Guerre Froide, les mouvements de contestation du pouvoir en place sont largement soutenus par le bloc de l’Est.

 

 Le tournant communiste : Ces mouvements de contestation conduisent à la chute de l’empire en 1974 avec la déposition et l’arrestation du dernier empereur, Haile Sellasie. Un comité militaire, appelé le Derg, prend le pouvoir et applique une politique d’inspiration soviétique voire maoïste. Les étudiants sont notamment envoyés dans les provinces dans le cadre de campagnes d’alphabétisation pour diffuser l’idéologie communiste. Les années 1976 à 1978 sont marquées par de très grandes violences politiques, dans le contexte d’affrontement entre le parti central et le parti d’opposition. Des collégiens et lycéens sont massacrés après la participation à des manifestations contre le régime. Ce sont les années de « Terreur rouge ».

 

 La transition démocratique face aux défis économiques et migratoires : Le régime du Derg perdure jusqu’en 1991. De 1991 à 1995, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), est chargé de mener le pas vers une transition démocratique. Après l’indépendance de l’Érythrée en 1993, la République fédérale démocratique d’Éthiopie est proclamée en 1995. La transition demeure relativement paisible, en revanche la situation régionale et frontalière n’est pas encore apaisée, cela se traduit par l’invasion de l’Éthiopie par l’Érythrée en 1998. Malgré la victoire de l’Éthiopie au terme d’un conflit de deux ans, les rapports entre les deux pays demeurent conflictuels. L’instauration du régime de l’EPRDF (Ethiopian People’s Revolutionary Democratic Front) a provoqué une accélérions des migrations intra-nationales en Éthiopie. Depuis 2005, le FDRPE demeure le parti au pouvoir. Les élections générales de 2010, avec un taux de participation de presque 90% ont confirmé le poids du parti au sommet de l’état avec 100% des sièges au Parlement. Les résultats ont été largement contestés et ont donné lieux à de violentes manifestations dans la capitale.

 

 Les mouvements de contestations, cristallisation des tensions socio-économiques : Depuis 2015, le contexte économique, social et politique a provoqué de larges mouvements sociaux et à des mobilisations. Ces manifestations ont été très violemment réprimés par les autorités. Cela concerne tout particulièrement les contestations venant de la communauté oromo contre des décisions d’extensions territoriales de la capitale. C’est le projet de Master Plan qui cristallise les tensions. Il s’agit d’un grand projet de développement pour agrandir le tertiaire de la capitale. Cette extension territoriale présentée en 2014 reviendrait à rogner sur le territoire de la région d’Oromia - une des principales régions des neuf régions constitutionnelles. Cela permettrait de multiplier par vingt la superficie de la ville. La continuité territoriale de la région oromo est donc mise en danger par ce Master Plan puisque cela la diviserait en deux. Ce projet a déclenché manifestations étudiantes réprimées dans le sang par le gouvernement. Acte qui a enflammé le pays et poussé le gouvernement a déclaré l’état d’urgence le 9 octobre 2015. Le 12 janvier 2016, les autorités gouvernementales annoncent le retrait du Master Plan mais cela ne suffit pas à calmer le mouvement.

 

Cette situation semble peut-être s’apaiser avec la nomination d’un nouveau chef du gouvernement en avril 2018,  Abiy Ahmed, suite à la démission d'Hailemariam Desalegn en février 2018, en conséquence des manifestations anti-gouvernementales. Dès ses premières semaines d’exercice, il a déclaré l’amnistie des dissidents politiques, mis fin à l’état d’urgence et proclamé la paix avec l’Érythrée (suite à sa rencontre historique avec le président érythréen, Issayas Afewerki le 8 juillet 2018). Le nouveau Premier Ministre nomme également pour la première fois un gouvernement paritaire, de plus,   une femme, Sahle-Work Zewede, est désignée présidente du pays le 18 octobre 2018. Mais les défis à relever sont encore nombreux.

 

LES CAUSES DU DÉPART

 

L’Éthiopie est une terre de départ pour les éthiopiens mais aussi pour les réfugiés, notamment soudanais (200 000 y aurait trouvé refuge depuis 2013) et érythréens. Si l’Éthiopie est un des pays de départ de l’immigration vers l’Europe, c’est avant un pays d’accueil à l’échelle régionale. Après le Kenya, l’Éthiopie est le deuxième pays d’accueil de réfugiés politiques, économiques et climatiques sur le continent africain. On compte plus de 38 000 réfugiés érythréens dans des camps répartis sur l’ensemble du territoire.

 

La pauvreté : La pauvreté est liée notamment à des crises de famines à répétition depuis les années 1970. Environ 7, 88 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire en urgence, 3,85 millions d’enfants et de femmes enceintes souffrent de malnutrition aiguë et 1,74 million de personnes déplacées contraintes par la sécheresse et les conflits. Malgré ces chiffres, le pays vit une croissance économique extrêmement rapide, depuis 2004, avec 10,5% de croissance annuelle moyenne, ce qui attire de nombreux investisseurs asiatiques mais aggrave les inégalités sociales et économiques. 71% de la population éthiopienne a moins de 30 ans. Le taux de chômage de la jeunesse urbaine s’élève près de 50%. Les jeunes diplômés sont particulièrement touchés par le chômage, beaucoup doivent retourner travailler dans l’exploitation familiale après plusieurs années d’études.

 

 Le cas des Oromos : La mise en œuvre de ce Masterplan a conduit à des expropriations forcées des populations oromos, sans dédommagement réel et sans recours juridictionnel possible. L’annonce de ce projet a été l’élément déclencheur des contestations sociales, d’abord estudiantines puis généralisées. La répression très sévère des premières manifestations en 2014 a provoqué un sursaut d’une partie plus large de la population. Certaines manifestations pacifiques ont été réprimées par des tirs à balles réelles y compris dans des universités. Le recours l’état d’urgence (en octobre 2015) par le gouvernement a permis au celui-ci d’accroitre encore les violations des droits fondamentaux dans le traitement des victimes de la répression. A cela s’ajoute l’application des dispositions de la législation anti-terroriste aux opposants du gouvernement. Ce projet de développement urbain a servi et sert encore (malgré l’abandon du Masterplan en 2016) d’élément de cristallisation des contestations de la communauté oromo et de la jeunesse éthiopiennes. La dynamique sanglante manifestions/répressions se perpétue de manière irrégulière mais récurrente en Éthiopie, poussant de nombreux oromos à fuir leur pays. Plus d’un millier de personnes ont été tuées dans la région de l’Oromo dans des mouvements de contestation depuis 2015.

 

Le « mariage forcé », un instrument coercitif symbole des violences faites aux femmes et aux filles : En 2011, on estimait que 58% des femmes dans la tranche d’âge 20-49 ans avaient été mariées avant leurs 18 ans. Car le mariage des mineurs est un fléau. Bien qu’en baisse, en partie grâce aux campagnes de sensibilisation des ONG locales, de fortes résistances régionales perdurent. Dans les zones urbaines, la moyenne d’âge du mariage dépasse désormais l’âge légal (18 ans) mais en région Amhara, elle est estimé à 15,1 ans. Dans un rapport de 2017 l’ofpra parle du « mariage précoce et de l’excision, comme des deux formes de pratiques traditionnelles néfastes pour la santé des femmes les plus répandues en Éthiopie ».

Deux formes de mariages forcés existent : Le mariage arrangé est particulièrement rependu. Il y a également le mariage par enlèvement, qui bien qu’en net recul, atteignait encore 7,8 % des mariages à l’échelle nationale en 2005 selon l’ Ethiopian Demographic Health Survey. Cette pratique consiste à ce que le prétendant d’une jeune fille qui n’a pas reçu l’accord de la famille ou de la jeune fille elle même, vienne avec ses amis l’enlever. Souvent violée, la dote de la jeune fille baisse et les parents concèdent souvent au violeur l’autorisation d’épouser leur fille.

 

La discrimination envers les falshas, les juifs d’Éthiopie : Il existe aussi des flux de migrations éthiopiens vers Israël. Après une période de restrictions, le gouvernement israélien autorise de nouveau l’immigration aux Juifs éthiopiens. Majoritairement localisé au nord du pays, les falashas. Considérés comme portant le « mauvais œil », porteur de maladie et de mort. C’est pour cette raison qu’un certain nombre d’entre eux sont tués.

"Les cas d’assassinats ou de dommages à la propriété des membres de la communauté restent encore monnaie courante. Ils sont privés de nombreux droits fondamentaux, tels que la propriété du cimetière", expliquait Irène Orleansky en 2016. Pour toutes ces raisons, de nombreux juifs éthiopiens font leur Alya (immigration en terre d’Israël).

 

LA SITUATION DES EXILÉS

 

Le dangereux parcours vers l’Europe : L’Europe n’est pas la première destination des migrants éthiopiens. Ils s’orientent principalement vers les pays du Golfe. Beaucoup traversent la Mer Rouge pour accéder au Yémen, où ils sont aussi victime de la guerre civile. Beaucoup travaillaient dans des conditions proches de l’esclavage en Arabie Saoudite jusqu’à ce que les autorités saoudiennes prennent la décision de chasser les travailleurs illégaux de son territoire.

Les migrants payent parfois plus de 10 000 dollars leur passage vers l’Europe, c’est-à-dire la traversée de la Méditerranée. Ce passage vers l’Europe n’est permis que par des réseaux clandestins de passeurs. Nombreux sont les cas où les migrants sont soumis au travail forcé, voire sont vendus en esclavage et/ou tombent dans des réseaux de prostitution.

 

Migrants éthiopiens en Europe : Il est difficile de connaitre la réalité de la situation des migrants éthiopiens en Europe et tout particulièrement en France. Selon le dernier rapport annuel de l’Ofpra, sur les 342 demandes de protections internationales déposées par des éthiopiens, 217 ont été acceptées par l’Ofpra ou la CNDA. 2 700 franchissements illégaux de frontière par des migrants éthiopiens ont été dénombrés par l’UE en 2015, il semblerait que le nombre de migrants éthiopiens en situation irrégulière est en réalité beaucoup plus élevé. Il apparaît que certains migrants éthiopiens se déclareraient comme d’origines érythréennes pour obtenir le statut de réfugier politique. L’Éthiopie est un état clé dans la coopération avec l’UE dans le cadre de sa politique pour freiner les flux migratoires. Cependant, on note la mention de migrants éthiopiens dans le cadre d’une mission de recueil et d’orientation des demandes d’asile conduite par l’OFPRA auprès de demandeurs d’asile recensés à Paris (sur le campement du boulevard de la Chapelle) ainsi qu’à Calais. Les réfugiés éthiopiens présents sur le territoire français sont principalement de l’ethnie oromo.

 

 

Le gouvernement éthiopien a promis des réformes et la nomination d’un nouveau chef du gouvernement pourrait permettre d’entrevoir une éclaircie pour l’avenir de l’Éthiopie. Les contestations s’inscrivent dans la durée et réclament le partage équitable des ressources et le libre exercice des droits démocratiques inscrits dans la Constitution. La transition s’annonce difficile et beaucoup d’observateurs anticipent de nouveaux afflux de réfugiés éthiopiens en Europe

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