Azmari

Ecoutez le podcast d'Azmari! "Miriam, de Milan à Paris"

Pour cet épisode du podcast d'Azmari, nous avons donné la parole à Miriam, qui a quitté Milan pour Paris.

Cet épisode est animé par Cécile et Coralie, bénévoles à l'association Azmari.

L’IMMIGRATION DES FEMMES : UN SUJET TROP SOUVENT NÉGLIGÉ

par Hélène Viel et Cécile Kao

Lors de sa création en 2016, l’association Azmari s’est donnée pour mission d’accompagner exclusivement des femmes migrantes. Pourquoi des femmes ? Pourquoi pas des hommes ? Pourquoi pas les deux ? Cette décision a été prise en raison des nombreuses difficultés auxquelles font face les femmes dans leur parcours migratoire, mais aussi en raison d’un constat : celui que les immigrés, contrairement aux idées reçues, sont aujourd’hui majoritairement des femmes ( 51, 8% des personnes arrivées en France en 2018 étaient des femmes) et que l’insertion socio-culturelle dans le pays d’accueil est bien plus complexe pour une femme qu’elle ne l’est pour un homme.

Azmari souhaitait ainsi accueillir exclusivement ces femmes dans leur apprentissage du français et les accompagner dans leur insertion sociale en leur proposant un espace non mixte où toutes - bénévoles et participantes - pourraient échanger, s’écouter et s’épauler.

En cette journée internationale des droits des femmes, il nous semblait intéressant de revenir sur la situation des femmes migrantes, sur leur parcours migratoire, et les raisons de leur migration, ainsi que sur les obstacles et difficultés que ces femmes rencontrent. De plus il nous semblait important de s'appuyer sur plusieurs courants sociologiques afin de comprendre pourquoi il est aujourd’hui urgent de s’intéresser à la migration des femmes.

LA MIGRATION AU FEMININ, ELEMENTS DE DÉFINITION

S’intéresser à la question de la migration, et plus précisément à celle de la migration des femmes présuppose de revenir sur trois termes trop souvent confondus.

Qu’est-ce qu’une femme migrante ? Qu’est-ce qu’une demandeuse d’asile » Qu’est-ce qu’une réfugiée ?

Il n’existe pas de définition internationalement reconnue du terme « migrant.e » et ce terme doit être utilisé avec précaution, car derrière chaque «migrant.e.s », il y a des réalités factuelles mais aussi juridiques bien différentes.

L’Organisation Internationale pour les Migrations ( OIM) indique qu’il s’agit d’un « terme générique non défini dans le droit international qui, reflétant l’usage commun, désigne toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle pour s’établir à titre temporaire ou permanent et pour diverses raisons, soit dans une autre région à l’intérieur d’un même pays, soit dans un autre pays, franchissant ainsi une frontière internationale »

Ce terme englobe ainsi un certain nombre de catégories juridiques de personnes bien déterminées, par exemple les travailleurs migrants, les personnes dont les types de déplacements particuliers sont juridiquement définis ainsi que celles dont le statut et les formes de déplacement ne sont pas expressément définis par le droit international ( comme par exemple les étudiants internationaux).

Toutes les réfugiées et demandeuses d’asile sont migrantes mais toutes les migrantes ne sont pas demandeuses d’asile ou réfugiées.

L’organisation Amnesty International considère que les migrant.e.s sont « des personnes qui vivent hors de leur pays d’origine mais ne sont ni des demandeurs d’asile ni des réfugiés ».

Ainsi, quand bien même ces personnes ne remplissent pas les critères juridiques qui feraient d’elles des réfugiées, elles pourraient s’exposer à des dangers en restant dans leurs pays.

Les termes « demandeuses d’asile » et « réfugiées » font, quant à eux, référence à deux étapes dans la démarche d’une protection internationale.

Selon la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés de l’ONU (dite Convention de Genève), est considérée comme réfugiée toute personne qui « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou des ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité, et qui ne peut se réclamer de la protection de ce pays » ( article 14).

La protection subsidiaire peut être accordée à toute personne qui «  ne remplit  les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié et pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu’elle courrait dans son pays un risque réel de subir l’une des atteintes graves suivantes : peine de mort ou exécution ; torture ou des peines ou traitement inhumains ou dégradants ; pour un civil une menace et individuelle contre sa vie ou sa protection en raison d’une violence qui peut s’étendre à des personnes sans considérations de leur situation personnelle et résultant d’une situation de conflit armé interne ou international ».

Concernant le terme « demandeuse d’asile », il fait référence aux personnes dont la demande d’asile est en cours d’examen avant la réponse des autorités compétentes, soit en France devant l’Office Français de Protection des Réfugiés et des apatrides (OFPRA) et la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) en dernier recours.

Pendant que la demande est examinée, la personne a accès à un certain nombre de droits, tels que l’accès à l’hébergement (par exemple dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile dit «CADA ») et à certaines aides économiques telles que l’allocation pour demandeur d’asile (« ADA »).

 

LA MIGRATION AU CŒUR DES ETUDES DE GENRE OU LA « FEMINISATION DES MIGRATIONS »

Le phénomène migratoire n’est pas inconnu de nos débats politiques, économiques, historiques et sociologiques, mais nos regards sont bien souvent teintés de stéréotypes et de simplifications, trop fréquemment au détriment des femmes migrantes et de leur véritable place dans ces phénomènes migratoires.

C’est pour cela que depuis plusieurs années, des chercheurs et chercheuses se sont penchés sur des dimensions plus hétérogènes dans l’étude du phénomène migratoire.

Cette dynamique de recherche vient des études de genre, un champ de recherche pluridisciplinaire qui vise à étudier les rapports sociaux entre les sexes. Le genre étant analysé comme une construction sociale, les études de genre proposent une démarche de réflexion en répertoriant ce qui définit alors le masculin et le féminin.

Pour la sociologue Nouria Ouali, si l’approche des migrations est supposée être universelle, il s’agit en réalité de ce que les féministes appellent l’«universel masculin » : on ne fait aucune différence entre  les impacts du processus migratoire et des politiques migratoires i dans les trajectoires ente les hommes et les femmes. Selon elle, les femmes n’ont pas été prises en compte dans cette complexité du parcours migratoire, que ce soit dans leur décision de quitter leur pays ou encore dans les effets que les politiques migratoires ont sur elles.

Nouria Ouali a ainsi pu observer que si pendant plusieurs années, les femmes migraient dans le cadre de regroupements familiaux, elles ne travaillent pas forcément une fois arrivées dans leur pays d’accueil, et venaient donc en tant qu’épouses. Pourtant, souligne-elle, on a assisté dans un second temps à une « migration féminine », soit de femmes célibataires, soit de femmes de certaines élites, insatisfaites de leur condition de femmes dans leur pays d’origine, soit de mères de famille. Les femmes ne migraient alors donc plus nécessairement avec leur conjoint, ou pour retrouver ce dernier, mais bien seules.

Par ailleurs, selon une idée reçue, les femmes migreraient aujourd’hui plus souvent qu’autrefois pour travailler.  Or, si les migrations familiales restent majoritaires dans la plupart des pays européens d’immigration, les femmes ont toujours migré pour des raisons économiques.

En effet, pour la sociologue Mirjana Morokasic, cette autonomie est longtemps restée invisible en raison du stéréotype qui ne voyait les femmes que comme dépendantes des hommes. Selon la chercheuse, la reconstruction de la visibilité de ces femmes travailleuses dans l’espace public est en grande partie due à la lutte des «sans-papières » en France dans les années 1990.

Dans son ouvrage « Les damnées de la mer – femmes et frontières en Méditerranée » ( La Découverte, 2020), la chercheuse Camille Schmoll, analyse les migrations féminines et revient sur l’importance de « féminiser le regard des chercheurs » en la matière.

Dans une interview récente au média L’autre Quotidien, elle déclarait ainsi que « l’image de la femme souffre d’un stéréotype ancré, qui remonte au moins à l’Antiquité ». Il s’agit de « l’idée que les femmes sont dans l’immobilité, dans l’attente, dans l’espace du foyer et de la reproduction de la famille », et qu’elles sont donc « dans l’ancrage tandis que les hommes naviguent »

Pour la chercheuse, il s’agit d’une des raisons pour laquelle les migrations féminines  n’ont pas été étudiées pendant très longtemps. En effet, cela paraissait « contre nature d’imaginer les femmes en mouvement » alors même que les femmes se déplacent énormément mais que, « pour des raisons qui ont trait à nos représentations, on ne les voit pas ».

Par ailleurs, Camille Schmoll souligne que ces femmes sont aussi dans « l’auto-invisibilisation » c’est-à-dire que pour des raisons relatives  aux rapports de genre, elles vont avoir tendance à minimiser leurs déplacements, la part d’individualité, d’autonomie et de volonté qu’il y a dans ces trajectoires, une manière selon la chercheuse pour ces femmes d’ « avoir la paix » et de «  se protéger des stigmates qui les accompagnent du début à la fin ».

Enfin elle insiste sur le fait qu’il est essentiel de critiquer la notion de « femme migrante », parce que ces femmes « ont des origines, des histoires et des trajectoires très diverses », et que « le danger de l’essentialisation » va conduire à vouloir considérer qu’il y a « une condition féminine en migration ». En réalité, explique-elle, ces femmes sont très différentes les unes des autres. C’est en cela que la perspective intersectionnelle est importante : « Il faut croiser la question du genre avec d’autres dimensions, telles que le pays d’origine, la question raciale, l’âge, le fait de voyager seule… Il faut insister sur la complexité, les causes et les motivations des migrations ».

 

Un atelier d’expression orale proposé par l’association Azmari, à la Maison des femmes ( 12eme arrondissement de Paris)

DROIT D’ASILE ET PERSECUTIONS VISANT SPÉCIFIQUEMENT LES FEMMES

  • Les mutilations féminines

Les petites filles ou leur famille qui fuient une mutilation féminine peuvent se voir accorder l’asile.

Les mutilations sexuelles féminines désignent toutes les interventions sur les organes sexuels féminins externes qui sont réalisées sans raison médicale. Les deux formes de mutilations les plus fréquentes sont l’excision et l’infibulation. Quelle que soit la forme qu’elles prennent, les mutilations sexuelles féminines constituent une atteinte à l’intégrité physique des femmes et jeunes filles qui en sont victimes.

Aux termes de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (dite Convention d’Istanbul), elles sont une « violation grave des droits humains des femmes et des filles » qui ne sauraient être justifiées par « la culture, la coutume, la religion, la tradition ou le prétendu ‘honneur’».

Lorsque l’OFPRA établit, après instruction individuelle de la demande d’asile, qu’une femme ou une jeune fille est exposée à un risque de mutilation sexuelle féminine dans son pays, elle se voit octroyer le statut de réfugié ou de la protection subsidiaire.

Le parent devra expliquer dans son récit aux fins d’obtenir la demande d’asile pourquoi il existe une crainte que son enfant soit mutilé dans son pays d’origine. Il peut alors s’agir de la région d’origine, de l’ethnie, des pratiques au sein de familles dans le pays d’origines.

De la même manière, une jeune femme qui refuse de subir une mutilation sexuelle peut bénéficier de la protection internationale dès qu’elle s’oppose à cette pratique de l’excision.

En France, certaines femmes décident de bénéficier d’une opération chirurgicale réparatrice de la mutilation génitale subie. En cas de retour au pays, ces dernières seraient exposées à une nouvelle mutilation et c’est pour cela qu’une demande d’asile est envisageable.

  • Les mariages forcés

Concernant les demandes d’asiles liées à une crainte ou persécution en cas de mariage forcé, celles-ci n’aboutissent pas systématiquement. Les personnes requérantes se heurtent à la difficulté de prouver que, d’une part, leur opposition au mariage forcé constitue une transgression des normes sociales dans leur pays d’origine et, d’autre part, que les autorités sur place refusent ou sont incapables de les protéger.

 

  • Les violences au sein des couples

Enfin, la situation des femmes qui ont vécu de très graves violences au sein du couple dans leur pays d’origine peine encore à être considérée comme relevant de l’asile.

Si certaines décisions de justice reconnaissent ce type de violence comme une menace grave ouvrant droit à la protection subsidiaire, ces situations sont bien en réalité souvent liées à d’autres types de violence telles qu’un mariage forcé, un crime d’honneur ou encore des représailles suite à l’opposition ou une transgression à des normes sociales en vigueur.

  • L’orientation sexuelle

Bien que cette persécution concerne également les hommes, il nous semblait important de la mentionner.

La jurisprudence européenne prévoit uniquement la possibilité pour les personnes issues de la communauté LGBT de demander l’asile si l’homosexualité est établie et si le juge parvient à démontrer que « les personnes homosexuelles constituent un groupe social » en appréciant «  la réalité des persécutions au regards des personnes homosexuelles dans leur pays d’origine ». C’est ainsi que des personnes LGBT originaires par exemple du Ghana, d’Haïti, du Cameroun ou encore de Syrie ont pu obtenir l’asile en raison des persécutions notoires dans leurs pays. Mais ce n’est malheureusement pas le cas pour des personnes venant d’autres pays.

 

UNE INTEGRATION DANS LE PAYS D’ACCUEIL PLUS DIFFICILE POUR LES FEMMES

 

  • Manque d’hébergement ou hébergement inadéquat pour les femmes

Tout d’abord, un nombre important de violences subies par les femmes migrantes se produisent lorsqu’elles se retrouvent dans des campements, ou obligées de dormir dans la rue. Toutes n’ont pas connu l’expérience de la rue ou l’hébergement précaire, mais face aux difficultés d’accès à la procédure d’asile et au nombre insuffisant d’hébergements, beaucoup de femmes sont en réalité contraintes de dormir dans la rue ou de trouver des solutions d’hébergements temporaires et inadéquates, surtout lorsqu’elles sont accompagnées de leurs enfants.

  • La question du travail domestique

Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le travail domestique est défini comme « un travail effectué à domicile pour un ou plusieurs ménages ». Un travailleur domestique est une personne qui est rémunérée pour le travail domestique effectué dans le cadre d’une relation de travail. Cela comprend une variété de tâches, impliquant généralement les tâches ménagères et les tâches d’assistance.

Il existe un lien entre le travail domestique et la migration internationale de main-d’œuvre féminine. En effet, la demande croissante des ménages pour des services domestiques est considérée comme l’un des principaux facteurs à l’origine de la féminisation des migrations de main-d’œuvre qui a été enregistrée au cours des dernières décennies.

Les femmes se déplacent, de plus en plus comme travailleuses indépendantes, vers des pays plus développés en quête d’une vie meilleure pour elles et pour leur famille. Arrivées à destination, elles ont tendance à trouver du travail dans des professions traditionnellement considérées comme féminines.

Les travailleurs domestiques migrants apportent des services indispensables aux pays où ils se rendent, contribuant à la prospérité de sociétés vieillissantes et à la pérennité des systèmes d’emploi et de protection sociale de ces pays. Pourtant, comme pour les autres travailleurs migrants, les travailleur.euse.s domestiques vont être confrontés à des vulnérabilités supplémentaires, qui les exposent à des violations de leurs droits humains et de leur droit au travail.

Ils et elles sont particulièrement vulnérables en raison d’un processus de recrutement précaire, d’un isolement physique, mais aussi social et culturel auxquels ils.elles sont confrontés, d’une absence de couverture en matière de droit du travail , de mécanisme de protection,  de droit au repos, congés ou absences pour raisons de maladie, ou encore d’un accès limité ou inexistant aux soins de santé.

Concernant les travailleuses domestiques, elles viennent en Europe pour échapper à la situation économique difficile de leur pays. Par ailleurs, pour celles qui ont des enfants, elles se retrouvent souvent dans l’incapacité d’être avec eux et sont obligées de les laisser dans leur pays d’origine avec des proches.  Elles envoient ensuite régulièrement de l’argent à leur famille et subissent une pression supplémentaire : celle d’aider financièrement leur famille restée loin d’elles.

  • Le risque de subir des violences sexuelles augmente en France pour les femmes migrantes

Une étude de mai 2020 de l’Institut national d’études démographiques (Ined) a établi qu’être une femme migrante augmente les risques d’être victime de violences sexuelles en France et d’y contracter le virus du sida en démontrant « qu’il y a un lien entre insécurité et violences sexuelles ».

En effet, « le fait de changer souvent d’hébergement au cours d’une même année, avec des nuits passées alternativement en hébergement d’urgence, chez des connaissances et/ou dans la rue, est associé à une probabilité plus élevée de subir des violences sexuelles », constate l’étude.

Par ailleurs, « les années où les femmes sont en insécurité administrative ou résidentielle sont aussi des années où elles déclarent plusieurs partenaires sexuels, souligne Julie Pannetier, une des auteurs de cette étude.

« On l’explique par leur situation de pauvreté et la nécessité d’accéder à un logement, à de la nourriture, à des ressources, des papiers… On montre aussi que ces relations transactionnelles sont des relations où les violences sexuelles sont plus élevées. »

  • Manque ou insuffisance de prise en compte des besoins spécifiques pour les femmes, notamment les femmes seules.

De nombreux rapports internationaux et européens prônent une protection des femmes et une prise en compte de leurs besoins spécifiques.

Par exemple, dans son Manuel de protection des femmes et des filles, le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) caractérise la perspective du genre comme  «un axe fondamental pour obtenir une égalité effective entre les femmes et les hommes de lutter contre les causes profondes qui alimentent les violences faites aux femmes »

Dans son rapport sur la situation des femmes réfugiées et demandeuses d’asile dans l’Union européenne, la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen intègre cette perspective et demande que toutes les politiques en matière d’asile et d’immigration prennent « le genre en considération lors de leur conception, de leur mise en œuvre et de leur évaluation ».

Cependant, dans les faits, il existe de grandes difficultés pour évaluer les besoins spécifiques des femmes et leur apporter une réponse adaptée. Et si la loi française prévoit la détection des vulnérabilités des demandeuses d’asile, la réalité est bien différente. Ainsi, dans le questionnaire permettant à l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration ( l’OFII) d’identifier les vulnérabilités au moment de l’enregistrement de la demande d’asile, seules les vulnérabilités visibles telles que le handicaps, l’âge ou la grossesse, sont prises en compte. Ainsi, les femmes seules ne sont pas considérées comme potentiellement plus vulnérables ou exposées à des risques de violence.

  • La re-victimisation pendant la procédure d’asile

La re-victimisation ou « victimisation secondaire » fait référence aux situations où une personne ayant souffert de violences ne reçoit pas de réponses adaptées de la part des personnes ou services censés la protéger, notamment dans le système judiciaire.

Parmi les éléments pouvant favoriser cette re-victimisation, se trouvent la remise en cause de la parole de la personne et le fait qu’elle soit obligée de raconter de façon répétée un évènement traumatique qu’elle a subi ou qu’elle soit confrontée à un système juridique difficile ou incompréhensible pour elle.

Pour les femmes demandeuses d’asile, il peut être particulièrement douloureux de revivre certains souvenirs lorsque leur demande d’asile est liée à une persécution relative à leur genre.

C’est pour cela que la Commission des droits des femmes et de l’égalité des genres du Parlement Européen souligne que « les demandes d’asile relatives à des violences doivent être traitées de façon à protéger les femmes de la victimisation secondaire pendant la procédure d’asile »

Malgré les efforts entrepris au sein de l’OFPRA pour sensibiliser et former les officiers de protection conduisant les entretiens de nombreuses femmes continuent à subir des difficultés relatives à la reproduction des stéréotypes de genre.

Enfin, bon nombre de femmes font face aux difficultés liées au fait de devoir apporter des preuves de la véracité de leur propos ou de rentrer dans des détails difficiles à raconter, devant alors revivre un passé bien trop douloureux.

 

Conclusion :

Toutes ces réalités sont celles que nous constatons au sein du public que nous accompagnons à Azmari : des femmes hautement qualifiées dans leurs pays et obligées de faire le ménage tôt le matin dans des bureaux parisiens ; des mères de familles ayant fui leur pays pour offrir une meilleure vie à leurs enfants, fuyant risque de mutilation sexuelle pour leurs petites filles , mutilations que malheureusement elles-mêmes ont connus ; des femmes victimes de violences conjugales, certaines ayant vécu dans la rue, des femmes seules, divorcées, dont les enfants sont restés dans leur pays d’origine…

Toutes ces situations complexes peuvent et doivent être mises en lumière dans le cadre de la crise sanitaire que nous connaissons. Les mesures prises depuis un an ont en effet eu des répercussions disproportionnées sur ces femmes exilées: l’isolement social, rendant leur processus d’intégration et celui de leurs enfants extrêmement difficiles, se double d’un impact économique particulièrement sévère, et d’une grande vulnérabilité aux violences conjugales et familiales en hausse.

Mais en dépit des difficultés et de ces parcours de vie complexes, ces femmes ont toujours fait preuve de courage, de résilience et d’une volonté indéniable de vouloir s’insérer dans notre société, dans laquelle elles doivent avoir leur place.

 

SOURCES :

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN :

 

Écoutez le podcast d'Azmari! Fatouma: " Je croyais que la France était un pays parfait pour les femmes "

Nous avons le plaisir de vous partager le 4ème épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences.

          Cet épisode est animé par Cécile et Hélène, bénévoles à Azmari.

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Ecoutez le podcast d'Azmari ! Bushra : " de l'exil de Somalie à la vie de famille à Paris "

Nous avons le plaisir de vous partager le 2ème épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences. Partagez- le autour de vous 🙂 !!

Cet épisode est animé par Hélène, bénévole à Azmari.

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Écoutez le podcast d'Azmari ! Hayat : "De Meknès à Paris"

Nous avons le plaisir de vous partager le 1er épisode du podcast d'Azmari, qui vise à donner la parole aux femmes migrantes pour partager et mettre en lumière leurs expériences. Partagez- le autour de vous 🙂 !!

Cet épisode est animé par Ella, bénévole à Azmari.

Merci à Ella et à Hayat pour cet échange au caractère informel et intimiste.

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CONFINEMENT, UN AUTRE REGARD : TEMOIGNAGE D'UNE APPRENANTE

Pendant deux mois nous étions tous - ou presque - enfermés chez nous et les récits de confinements sont devenus un moyen de s'ouvrir aux autres.  Si cette situation - qui prend fin aujourd'hui - a été inédite pour tous, nous n’étions pas égaux face au confinement. Chez Azmari nous pensons que les récits publiés doivent tenir compte de cette diversité et disons-le : de ces inégalités. Nous avons laissé la parole à une femme apprenante de l'association. Elle raconte comment elle a vécu cette période :
  • Où es-tu en ce moment ? avec qui es-tu confinée ?
J'habite dans un appartement d’une pièce ici, à Paris. Depuis l’arrivée du bébé on est cinq, j’espère qu’on aura un autre appartement bientôt. On est un peu les uns sur les autres. On fait tout dans la même pièce : on dort, on cuisine, du coup c’est humide et on a des problèmes pour respirer. Parfois le plus petit saigne du nez et ça m'arrive à moi aussi.
  • La vie à Paris c’est plus difficile ?
Ça fait deux ans et demi qu’on est en France et deux ans et quatre mois qu’on vit à Paris. Il y a des points négatifs et positifs. Pour les enfants c’est mieux d’être en dehors de Paris, il y a plus d'espace, plus de nature.
Mais Paris c’est la capitale. Quand on attend une réponse [de l’administration] ou quand on a un rendez-vous, tout se passe ici. Pour les gens qui ne vivent pas à Paris c’est plus compliqué. Ils peuvent faire plusieurs heures de train pour venir à un rendez-vous, parfois ils doivent se débrouiller pour dormir sur place. Nous on a accès à tout, pour cela c’est un vrai plus d’habiter à Paris.
  • Avant le confinement comment se passaient tes journées ?
Avant, les enfants allaient à l’école et j’étais à la maison avec le bébé. C’était plus calme, no stress vraiment. Depuis le confinement les garçons sont tout le temps à la maison, c’est plus de travail pour moi.
  • Qu'est-ce qui a changé depuis ?
Je m’occupe des enfants toute la journée, je prends soin d’eux. Le matin, je me lève à six heures et je prépare leur petit-déjeuner. Après, c’est à mon tour de manger. Puis ils jouent un peu. À onze heures je commence à cuisiner pour le déjeuner. Une fois qu’ils ont mangé, on a dix minutes de calme et puis ils regardent un peu la télé. Certains jours il y à la lessive ou le ménage. La routine quoi.
Vers vingt heures, quand ils vont au lit, ça devient plus relax et il arrive que je m’endorme moi aussi à ce moment-là.
  • Et tu as un peu de temps pour toi ?
 J’aime bien marcher et d’habitude je peux me promener ou aller aux cours de français. En ce moment, à force d’être à la maison sans pouvoir sortir, parfois ça me rend plus irritable. Quand ça arrive, je me dis “ok tu as les enfants, mets ce stress de côté”. C’est important de rester calme avec les enfants. Stresser tout le temps, ce n’est pas bon pour ma santé, ni pour celle des petits. Alors j’oublie toutes les choses négatives et je me force à ne garder que les points positifs. Prendre soin d’eux c’est le plus important.
Mon mari est là et il m’aide mais il est plus stressé que moi. Il n'arrive pas à rester une heure avec les enfants. Les papas c’est cool pour faire une promenade, pour aller les chercher à l’école. Mais entre les mères et les pères ce n’est pas les mêmes règles pour les petits.
Un jour par exemple, ils ont commencé à faire un jeu avec leur père mais au bout de 30 minutes, ils se disputaient : “PAPA TU DOIS FAIRE CA, NON TU DOIS PAS FAIRE CA”. Avec moi, ça ne se passe pas comme ça : les règles, c’est les miennes. Je suis plus forte, ils m’écoutent et c’est plus calme quand c’est moi qui m’en occupe.
  • Il y a des points positifs au confinement ?
 Pour moi, aucun. Il n’y a rien de positif. Je ne travaillais pas avant, peut-être que pour les gens qui travaillaient dehors c’est positif de rester à la maison ?
Moi j'étais déjà à la maison et j’y suis encore maintenant mais avec les enfants en permanence. Toute cette situation c’est que du négatif. En plus à cinq dans une pièce, on finit par se taper sur les nerfs.
  • Qu'est ce qui te manque le plus ?
 Mes amies me manquent. Surtout mes amies d’Azmari, j’allais à l’association une à deux fois par semaine pour les cours de français. Maintenant ce n’est plus possible.
Et le marché d’Aligre est fermé. Les fruits et légumes c’est important pour nous, au marché ils sont moins chers. J’avais l’habitude d’y aller pour faire les courses, maintenant on doit aller ailleurs. Le marché, ça me manque vraiment.
Et puis, on attend toujours la réponse de la CNDA [Cour nationale du droit d'asile]… on devait recevoir une lettre le 27 mars mais à cause du Coronavirus, on n’a aucune nouvelle. J’espère vraiment qu’on aura la réponse bientôt. Ça m’inquiète beaucoup.
Cette interview a été réalisée il y deux semaines, lors d'une distribution de courses par l'une des bénévoles d'Azmari qui habite près de l'apprenante interviewée.
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